Des dizaines d'Irakiens homosexuels battus en public, menacés de mort, et pour certains enlevés puis liquidés d'une balle dans la tête et ce nez et à la barbe des autorités militaires américaines indifférentes. Ce sont les scènes effarantes que les membres d'un groupe de réfugiés irakiens gays basé à Londres ont décrites au journaliste indépendant Doug Ireland, auteur du premier article sur le sujet pour le journal new-yorkais « Gay City News » (23/3).

Déjà actives sur le terrain, les sinistres milices al-Badr, bras armé du Conseil supérieur de la Révolution islamique en Irak et dont les salaires sont réglés par Téhéran, ont redoublé d'ardeur depuis que l'ayatollah Ali Sistani, 77 ans, guide spirituel de la communauté chiite d'Irak, a émis en octobre une fatwa appelant à « tuer de la manière la pire, la plus douloureuse » les homosexuels. A l'exemple de l'Iran, où le Code pénal islamique punit de mort par l'article 110 les relations homosexuelles, en laissant le mode d'exécution à la discrétion des ayatollahs. Deux ados de 16 et 18 ans ont ainsi été pendus le 13 juillet dernier dans la ville de Mashad, ainsi que deux autres jeunes gens de 24 et 25 ans le 13 novembre à Gorgan.

Selon une technique également importée d'Iran, les miliciens irakiens d'al-Badr piègent les homos sur des sites de rencontre Internet, leur donnent des rendez-vous ou recourent à des informateurs « Gay City News » cite ainsi Tashine, 31 ans, employé d'un labo photo, qui vit terré chez lui depuis à Bagdad depuis que quatre homosexuels de sa connaissance ont été retrouvés morts en une semaine : « Quand nous allons voir les Américains, ils nous rient au nez et ne font rien ». Précision apportée par Ali Hili, 33 ans, un des exilés de Londres : « Attaques et meurtres de gays ont été rapportés à la « Green Zone » (siège sécurisé des autorités américaines à Bagdad), mais les Américains ne veulent pas embarrasser les autorités religieuses, alors ils ne font rien ou traitent les gays irakiens par le mépris ou la dérision ». Et d'affirmer que la persécution homophobe est pire que sous Saddam, qui avait lancé les hostilités en 1993.

Ce n'était un certain Bush qui parlait en 2003 d'importer la démocratie et ses valeurs en Irak ?