Il est bien dommage que ce soit un représentant de la droite extrême, Philippe de Villiers, qui ait pris sa plume pour dénoncer avec « les Mosquées de Roissy » (1) le danger islamiste qui s'implante en France et en Europe. L'extrême droite n'a pas de pudeur sur le sujet, ce qui la fait dériver. Et elle se gêne d'autant moins, occupe d'autant plus le terrain sur ce thème que la gauche, rigide et candidate à toutes les mauvaises consciences, plus stérilement idéologisée que jamais, n'a, elle, que trop de pudeur. Ce qui la conduit à de dangereux aveuglements, et donc au lâche silence. Bref, on aurait aimé que ce grave et inquiétant sujet fût traité par quelque insoupçonnable républicain, épris d'une France d'ouverture et insouciant des échéances électorales. Il n'en est rien pour l'heure, et c'est fort préjudiciable pour la démocratie qui semble, c'est bien là le problème, avoir davantage peur désormais de son ombre que de ses vrais ennemis.

Si le livre du patron du MPF dénonce des choses justes, son rejet de tout et de tous aboutit à la caricature

Si le livre du patron du MPF dénonce des choses justes - la montée des communautarismes en France, la frilosité des institutions face aux dérives fondamentalistes, l'infiltration en particulier au sein des entreprises et de l'école d'une islamisation galopante... - il le fait avec tant de rejet des Arabes en général qu'il met tous dans le même panier islamique, tant de rejet encore de l'Union européenne, enfin tant de hargne vis-à-vis de l'État français, coupable absolu à ses yeux, toujours complice du laisser-faire que, ce qui aurait pu être alerte ou précieuse démonstration d'un état de faits, touche à la caricature. Jusqu'au refus de l'autre. « La République se terre, dit Villiers, dans un réduit laïc débordé par le tsunami de l'islam ». « J'adresse, s'exprime-t-il par ailleurs, un message au peuple français ». S'il est vrai que la République n'a pas été ou n'a pas voulu être visionnaire et n'a donc pas vu venir grand-chose, jouer à l'oracle, parler de « réduit laïc » montre précisément dans quels volontaires excès Villiers se perd. Faut-il rappeler que l'on n'a guère entendu le Vendéen qui ne s'est jamais remis de Maastritch s'exprimer lors de la promulgation de la loi sur la laïcité ? Mais nous n'étions pas alors entrés en période électorale...

Il n'empêche que l'enquête qu'il publie en première partie de son ouvrage sur l'infiltration salafiste dans les sous-sols de l'aéroport de Roissy, si récusée par le ministère de l'Intérieur, et même si elle devrait contenir selon la CGT de Roissy et surtout selon les Renseignements Généraux eux-mêmes des erreurs, n'en demeure pas moins exacte sur le fond. N'est-ce pas Samir Amghar lui-même, spécialiste du salafisme et chercheur à l'École des Hautes Études en Sciences sociales, qui déclare dans le dernier numéro du « Nouvel Observateur » : « Il ne faut pas tomber dans l'angélisme, le risque n'est pas nul que certains de ces individus basculent un jour dans la violence terroriste, et une stricte vigilance s'impose ». Et si ce que rapporte Villiers, en s'appuyant sur des fiches des RG, de la DST et de la PAF, voire même en les interprétant, est si éloigné de la vérité, pourquoi Pascal Mailhos vient-il d'être démis par le ministre de l'Intérieur de son poste à la tête des RG ? Certes, à l'Intérieur, l'on réfute le fait que l'ancien préfet délégué à la sécurité de Rennes paie pour l'utilisation par Villiers d'une note des RG dénonçant « l'islamisation » des aéroports de Paris. Cette « note », apprend-on maintenant, serait en fait une note de la DST. Qu'importe : il fallait bien pointer un coupable pour répondre à une situation si embarrassante. Mais des précisions sur le fond de l'affaire, il n'y pas à en attendre de la Place Beauvau.

Villiers cherche intrinsèquement l'échec définitif de la République

Ce qui ne va pas du tout chez ce pourfendeur de l'actuelle République complice, selon lui, des actuelles dérives, ce qui l'égare, c'est qu'il hait lui-même profondément cette République. Villiers se refuse à être dans sa réparation et dans sa construction, mais appelle plutôt intrinsèquement à son échec définitif. Qu'elle soit gouvernée par la gauche ou par la droite, il ne lui pardonne pas de s'être compromise en se plaçant sous tutelle de l'Europe, dans l'accueil des étrangers, dans la modernité. « Les Mosquées de Roissy », brûlot électoral a pour but unique de faire peur quand il aurait dû convaincre. Son programme, pour que la France redevienne la France, se résume à quelques idées ravageuses que nous connaissons bien : faire davantage d'enfants pour contrer la montée en puissance de la démographie arabe en France ; instaurer le salaire parental pour les familles françaises ; tolérance zéro de l'immigration (quand Arlette Laguiller, elle, chacun optant pour son extrémisme, demande la régularisation de tous les sans-papiers....) ; fermeture des frontières de l'Hexagone puisque « la disparition des frontières ne prépare pas la paix mais la jungle » ; redressement des fondations morales de la France, qui ne peut que servir de contre-exemple aux islamistes... Il est pourtant un point sur lequel on ne peut donner tort à Villiers : lorsqu'il pourfend le désamour ambiant des Français pour leur pays, leur reproche de ne plus savoir mettre en avant tout ce qui, dans son histoire, l'a fait grandir, et de privilégier aujourd'hui ce qu'il appelle la « xénomanie », cette attirance morbide pour de perpétuelles repentances.

Une pétition de Fourest, Lepage et Cassen contre tous les racismes et les intégrismes

« Les Mosquées de Roissy » qui, une fois encore, pose sur le fond de vraies questions donneront-elles à des voix plus acceptables l'envie de prendre enfin la parole et d'agir ? C'est une question d'une importance majeure. Et ce n'est sans doute pas tout-à-fait un hasard si, déjà, Caroline Fourest, Corinne Lepage et Pierre Cassen publient une pétition dans « Libération » pour « se battre contre tous les racismes et tous les intégrismes... Pour éviter que le 11 septembre ne sonne le glas de la laïcité, écrivent-ils, il faut cesser de se taire face à l'offensive de l'islam intégriste. Elle gagne partout du terrain. (...) Comme en Angleterre ou en France... » Qu'attendent donc les musulmans épris du pays dans lequel ils ont choisi de vivre pour prendre eux aussi la parole ?

Nicole Leibowitz

1. "Les Mosquées de Roissy" sont publiées chez Albin Michel, 264 pages, 19euros.

Source : Proche-Orient.info