Après la piscine à créneaux horaires pour femmes musulmanes et le lycée musulman dans la mosquée de Lille-Sud, la Municipalité PS-Verts-PCF de Lille donne son feu vert à une Faculté musulmane. L'agglomération lilloise est vraiment devenue un laboratoire d'expérimentations ethnico-religieuses des gauches communautaristes acharnées à casser, par tous les moyens, les acquis et référents politiques du mouvement ouvrier dont l'Ecole publique, la laïcité et le féminisme.

LES FAITS

Le journal La Voix du Nord a rendu publique cette annonce mardi dernier (22 mars 2006, page 3). Le quotidien nordiste signale que la primeur de la mise en place d' «une faculté pour l'Islam de France » a été réservée, le 21 mars, lors d'une conférence de presse ... au club de la presse arabe... à Paris. Il y a de quoi s'étonner !

On doit la publicité de cette annonce au nordiste Mohammed Béchari, président de la Fédération nationale des musulmans de France (proche du roi du Maroc, selon la Voix du Nord) et vice président du Conseil français du culte musulman.

Selon M. Béchari, cet Institut s'appellera « Avicenne » et aura deux axes: - une faculté théologique pour la formation en deux ans et la formation continue des imams et des aumôniers, - un institut de sciences humaines qui s'inscrira dans le cursus européen « LMD » licence-masters-doctorat répondant au cahier des charges de l'Enseignement supérieur.

Cet Institut devrait se situer rue Gauthier-de-Châtillon, c'est à dire à côté du Musée des Beaux-Arts de Lille et de la Préfecture du Nord, donc au centre de Lille. M. Béchari a signalé que le budget de fonctionnement hors location des bâtiments tournera autour de 400 000 euros provenant de donateurs français et étrangers, publics et privés. Mohammed Béchari a dit qu'il avait le soutien des autorités politiques régionales et locales.

QUESTIONNEMENT

Le financement a donc une composante étrangère. La Voix du Nord évoque un Etat du Golfe persique, le Qatar, dont est proche Mohammed Béchari. « Comme par hasard, écrit La Voix du Nord, l'ambassadeur en France de ce pays du Golfe était à Lille en janvier à l'invitation de Béchari pour le repas de l'Aïd. A ses côtés ? Martine Aubry et Amar Lasfar... ». Rappelons qu'Amar Lasfar (tendance UOIF) est le recteur de la Mosquée de Lille-Sud dans laquelle est installé le Lycée musulman « Averroès ». Tout cela est inquiétant pour la crédibilité scientifique des « sciences humaines » qui seront enseignées en Licence-Masters-Doctorat à « Avicenne » et pour l'application de la laïcité des futur(e)s candidat(e)s au diplôme de professeurs des écoles, au CAPES, à l'agrégation sorti(e)s de cet institut. A moins d'y voir le positionnement de certains musulmans dans l'attente du démantellement et de la privatisation de l'Education nationale et de l'Enseignement supérieur, prévus par les Accords sur les services (AGCS) de l'OMC que déclinent méthodiquement les instances de l'Europe ? C'est à dire ce qu'une majorité de Français a refusé au référendum du 29 mai 2005 et, ce, contre la direction nationale socialiste, Aubry-Mauroy-Lang en tête.

Il y aurait des financements publics. De l'Etat ? Faut-il y voir la main de Sarkozy, le très ultra-libéral et communautariste ministre des cultes ? De la Région Nord-Pas de Calais (PS-Verts) et de son président socialiste, Daniel Percheron ? Du Conseil Général et de Bernard Derosier, son président socialiste ? De la Municipalité PS-Verts-PCF de Lille, de sa maire Martine Aubry, de son adjointe et ex-ministre communiste Michèle Demessine ? Selon La Voix du Nord, Mohammed Béchari aurait diné avec Martine Aubry le samedi 18 mars. Faut-il voir dans cet abandon de la laïcité l'influence anti-laïque du parachuté devenu député dans la région, le médiatique Jack Lang ? N'oublions pas qu'avant 1992 une équipe municipale pouvait ne pas donner un sous aux écoles privées, mais qu'avec les accords Lang-Cloupet, en 1992, le très ministre de « L'Education » pas « Nationale », Jack Lang, a gavé les écoles privées, confessionnelles dans 90 % des cas, de subventions obligatoires pour les collectivités, notamment les communes.

La machine anti-laïque et anti-Education publique est en marche et concertée, comme l'atteste « la présence annoncée au conseil scientifique du futur institut de Monseigneur Defois, évêque de Lille, et du pasteur De Clermont, président de la fédération protestante de France » (La Voix du Nord). En un mot, les projets concurrentiels de l'« ouma » de l'islam politique, de la « chrétienté » du catholicisme politique ou du protestantisme politique convergent avec la vision politique du capitalisme mondialisé de la bourgeoisie des entreprises transnationales. Ces projets mondialistes n'ont de cesse de démanteler les acquis sociaux des salariés, c'est à dire le projet de république laïque, féministe et sociale s'appuyant sur l'Etat-Nation. Deux preuves. Les étudiants de l'Université catholique de Lille soutiennent le CPE et ont fait appel à une conférence du ministre Thierry Breton qui a dû être annulée devant les manifestations des étudiants anti-CPE (du public !). Quant à Amar Lasfar et son organisation l'UOIF, ils soutinrent le « Oui au référendum sur la constitution européenne de 2005 ». Lasfar participa même à l'appel lancé pour le OUI par Aubry-Mauroy-Lang.

Avec cette dérive libérale, l'électorat des gauches va continuer à s'effriter dans l'abstention en 2007, voire nourrira les populismes, et la ville de Lille passera à la droite sarkozyste aux élections municipales de 2008, les électeurs finissant par préférer l'original communautaristo-religieux à sa copie de la gauche sociale libérale.

par Jean Larose