L'essai de la journaliste de Charlie Hebdo est un sévère réquisitoire contre les dérives communautaristes d'une partie de l'extrême-gauche. Le prix a été remis par le président de l'Assemblée Jean-Louis Debré et le directeur général de Sciences Po Richard Descoings lors de la 15e journée du livre politique au palais Bourbon.
"La tentation obscurantiste", réquisitoire contre une partie de l'extrême-gauche. Dans "La tentation obscurantiste" (Grasset), Caroline Fourest s'attaque plutôt aux dérives de son camp (la gauche) qu'à celles de ses ennemis (l'extrême-droite). Et de considérer qu'une ligne de fracture sépare désormais, à gauche, militants prioritairement tiersmondistes, prêts à se compromettre avec l'intégrisme, et militants prioritairement anti-totalitaires (parmi lesquels elle se range).
"A l'évidence, écrit Caroline Fourest, la question du risque totalitaire, le prix qu l'on attache ou non à cette vigilance, départage ces deux gauches. Nous sommes au coeur d'un problème dont les racines remontent au débat sur le stalinisme, mais qui a traversé également celui sur le négationnisme, la guerre du Kosovo, le drame algérien et l'Iran. Car tous ces débats, forcément passionnés, sont en fait les symptômes d'une fracture profonde entre militants prioritairement tiersmondistes et militants prioritairement anti-totalitaires...Pour simplifier, on pourrait dire qu'il existe une gauche plutôt tiers-mondiste qui pense l'événement en référence à la guerre d'Algérie. Et une gauche plutôt totalitaire qui pense l'évenement en référence à la Seconde guerre mondiale. Il ne s'agit pas de camps figés, bien sûr, mais de sensibilité pouvant cohabiter chez un même individu. Simplement, la concurrence entre ces sensibilités explique pourquoi certains militants ont tant de mal à se comprendre sur les dossiers mettant en concurrence le risque totalitaire et le risque colonial". Et elle raconte que sa première rencontre avec "la gauche obscurantiste" remonte à Durban, lors de la conférence mondiale contre le racisme organisée par les Nations unies du 28 août au 7 septembre 2001. "Des militants israéliens pour la paix, pourtant violemment anti-Sharon, et pacifistes, étaient pris pour cibles...parce que juifs". A la lumière de cette fracture à gauche, elle choisit "Ni putes ni soumises" plutôt que le MRAP, dénonce les errements du Réseau Voltaire, revisite le débat lié à la loi sur la laïcité ( chapitre sur "un islamisme à peine voilé"), examine à la loupe manifestes et positions des "Indigènes de la République" et appelle en conclusion à un sursaut anti-totalitaire. Partiale et partielle, Caroline Fourest, comme l'en accusent ses ennemis ? Son argumentaire est précis, et circonstancié. Et, surtout, son concept ("prioritairement tiersmondiste contre prioritairement antitotalitaire"), s'il est parfois simplificateur, éclaire souvent les débats les plus contemporains, essentiels pour la démocratie.

Anne BRIGAUDEAU