Monsieur,

Suite à votre courrier me faisant part de votre étonnement concernant le non renouvellement de mon abonnement à Politis, je me devais de vous fournir des explications.

Mon abonnement a été comme vous le dites vous-même un acte de soutien militant en cette période de campagne référendaire qui a vu une grande partie de la presse sombrer dans la médiocrité et le parti pris libéral.

Je partage nombre de vos " combats citoyens ". Cependant, il en est un, central à mes yeux, sur lequel nous divergeons : le combat pour la laïcité. Je respecte vos points de vue mais puisque vous m'avez sollicitée, je m'en explique.

Je ne peux accepter votre incapacité à dénoncer l'intrusion du religieux dans les sphères publiques et politiques au motif que telle religion serait celle des déshérités : soyons clairs, ici et pour l'instant seulement, l'islam (dont vous oubliez qu'il est aussi la religion de riches saoudiens), mais dans cette logique, ailleurs, un catholicisme traditionaliste archaïque pratiqué par maints pauvres d'Amérique latine. La concurrence religieuse est rude sur le terrain de la pauvreté. Pour autant devons-nous être complaisants avec les cléricaux ?

L'émancipation, notamment des femmes, s'est rarement faite sans avoir à lutter contre les clergés et ce combat est universel.

Vos deux derniers numéros me paraissent éclairants dans le choix des interlocuteurs et celui du vocabulaire. D'après M. Tubiana, des caricatures sont " prétextes à attaques contre des populations discriminées pour qui l'Islam est un refuge et un mode de résistance " et la critique de la religion musulmane serait à imputer à une " laïcité détournée de son sens ". Je ne dirai rien de l'éditorial de M. Sieffert sur les manifestations anti-racistes récentes qui est un modèle de tartufferie. Ce point de vue ressemble étrangement à celui développé par des sociaux-démocrates alsaciens attachés à l'exception concordataire et qui jouent sur les ambiguïtés de l'expression " laïcité ouverte ".

Quant au dossier sur le féminisme qui fait la part belle aux militantes d'une " Ecole pour toutes ", qui rebaptise " loi sur le voile " la loi sur les signes religieux à l'école, qui réduit les militantes de NPNS à des " républicanistes pures et dures " ayant pratiqué " une OPA sur le mouvement féministe ", il ne respecte pas plus le pluralisme d'expression que les médias néo-libéraux sur une question qui traverse pourtant toute la gauche.

J'aurais souhaité que vous donniez la parole à des journalistes et dessinateurs humoristes arabes (il en est de talent), aux féministes algériennes (qui militent contre le code de la famille), aux militantes de NPNS, à Mme Badinter, à l'Union des Familles Laïques (qui, je le rappelle, a milité pour un TCE laïque et social), à Bernard Cassen ... Les errements de la gauche sur la prise du pouvoir par les mollahs en Iran, la montée de l'islamisme en Algérie (que j'ai vécue sur place au début des années quatre-vingt et qui a anéanti les espoirs des Algériennes et quelques illusions), les reculs des droits de femmes dans les Etats-Unis de Bush et la Pologne actuelle devraient nous rendre prudents. Le choix d'une ligne éditoriale exclusive ne peut que se répercuter sur le périmètre de votre lectorat. Pour ma part, j'en tire les conséquences même si, occasionnellement, il m'arrivera de lire encore les articles de votre collaborateur, l'excellent Michel Soudais.

par Josiane Gasparini