WASHINGTON, 8 mars 2006 (AFP) - La loi criminalisant l'avortement dans l'Etat du Dakota du Sud, adoptée à l'avant-veille de la journée internationale des femmes, menace comme jamais le droit à l'interruption volontaire de grossesse aux Etats-Unis.

Elle porte un nouveau coup de boutoir à l'arrêt "Roe contre Wade" rendu par la Cour Suprême, qui a légalisé l'avortement en 1973 aux Etats-Unis, et qui est malmené par plusieurs initiatives à la faveur de la récente nomination de juges conservateurs.

"Le renversement de l'opinion de la Cour Suprême est possible", a assuré le gouverneur du Dakota du Sud (nord) Mike Rounds, en préambule à la bataille juridique à couteaux tirés qu'il a déclenchée et qui fait saliver la droite conservatrice chrétienne américaine.

La loi du Dakota du sud qui interdit l'IVG même en cas de viol ou d'inceste et rend aussi illégale la vente de produits de contraception d'urgence est contestée par des associations en faveur de l'avortement.

La plus importante, PPFA (Planned Parenthood Federation of America, le planning familial) a annoncé son intention d'"utiliser tous les moyens légaux à sa disposition pour l'empêcher d'entrer jamais en vigueur".

La présidente de PPFA, Cecile Richards a indiqué que la décision du Dakota du Sud a suscité "le choc, la peur et l'indignation".

"Les mesures contre l'avortement et les hommes politiques qui les soutiennent ne sont pas représentatifs de l'opinion publique américaine" dit-elle, et le planning familial "se défendra de ces attaques, devant les tribunaux, dans les assemblées législatives locales ou aux urnes, pour s'assurer que les médecins et les familles continuent de pouvoir prendre les décisions concernant leur santé sans interférence du gouvernement".

La loi du Dakota du Sud a déja fait des émules qui font eux aussi valoir qu'ils visent bien plus haut. Pas loin de 10 Etats, Mississipi en tête, envisagent d'approuver le même projet de loi rendant illégale l'interruption volontaire de grossesse y compris en cas de viol ou d'inceste.

Les adversaires de l'avortement considèrent le moment particulièrement favorable pour porter le coup de grâce à l'IVG. Ils comptent sur la nomination récente par le président Bush de deux nouveaux juges conservateurs et le possible départ à la retraite d'un troisième pour faire changer l'équilibre de votes à la Cour Suprême, qui a le dernier mot sur le sujet.

La Cour a déja accepté d'examiner une affaire portant sur une méthode chirurgicale d'avortement tardif. Récemment, elle vient de lever une mesure qui permettait de limiter les manifestations devant les cliniques d'avortement.

Mais le zèle du gouverneur du Dakota du Sud pourrait se révéler contre-productif. Certains experts vont valoir que la Cour Suprême revient très rarement sur un précédent important pour la société américaine. En outre, les adversaires de l'avortement pourraient certes gagner des voix, mais sans obtenir nécessairement une majorité. La Cour Suprême compte neuf juges.

Malgré leurs antécedents conservateurs, les deux nouveaux juges John Roberts et Sam Alito ont fait savoir qu'ils n'envisageraient pas à la légère de renverser des décisions historiques.

Le président Bush, très religieux lui-même et opposé à l'avortement, a fait savoir la semaine dernière qu'il trouvait le projet du Dakota du sud trop extrême, soulignant qu'il réservait la possibilité d'avorter dans trois cas: viol, inceste et danger pour la vie de la mère.

Le débat qui se profile pourrait cependant aider à réaménager les termes du texte de 1973 que certains jugent dépassée, notamment au point de vue médical, "Roe versus wade" fixant la limite pour avorter à 6 mois de grossesse.