"Il faut savoir dire non" propos recueillis par Eric Lecluyse pour l'Express

A Charlie Hedbo, l'affaire des caricatures de Mahomet a fait l'effet d'une bombe. Explications très remontées de Philippe Val, son rédacteur en chef, pour qui il faut absolument défendre "l'état de droit"

Comment a réagi la rédaction de Charlie Hebdo? Pour une fois, il n'y a pas eu débat: par solidarité, tout le monde était d'accord pour qu'on publie l'intégralité des dessins danois, ainsi que d'autres de nos dessinateurs, qu'ils vont commenter. Et puisque les intégristes musulmans demandent à ce qu'on respecte les tabous des musulmans, nous allons faire une liste de tous les tabous de toutes les religions, pour montrer que s'il fallait en tenir compte, on n'aurait plus le droit de rien faire.

Votre sentiment personnel ? Je me suis couché hier soir de très bonne humeur. Bien sûr, les positions des religieux, comme Barbarin (archevêque de Lyon), du grand rabbin Sitruk ou de Boubakeur (recteur de la Grande Mosquée de Paris et président du Conseil français du culte musulman), et celles des politiques sont plutôt lamentables. Mais, à part les culs bénis et ceux qui ne savent pas quoi penser comme Douste-Blazy, il y a eu un vrai élan de solidarité.
La rédaction de France Soir a fait son boulot, et le licenciement de son directeur de publication est ignoble. La radio, la télé, la presse - Le Monde, Libération et d'autres titres qui vont suivre - tout le monde s'y met. En général, les nouvelles sont plutôt plombantes. Là, dans un pays dont on commente beaucoup le déclin, qui est rongé par des idées pas sympathiques proches de l'extrême droite, ça redonne le moral. Je trouve ça formidable, cette affirmation du désir de liberté, chez nous et ailleurs. C'est une belle manifestation de l'Europe, qui en a bien besoin.

Vous ne craignez pas que cette affaire dégénère ? Je comprends qu'il faille être prudent, notamment vis-à-vis des ressortissants français à l'étranger. Mais cela ne concerne pas les principes fondamentaux de la laïcité, de la liberté et de l'état de droit, sur lesquels il ne faut faire aucune concession. Avoir le sens politique est nécessaire, mais il y a aussi des moments où il faut savoir dire non. J'accepte la loi des tribunaux, je refuse de laisser les autorités religieuses nous dicter notre conduite. Il faut défendre nos droits avec la même fermeté que les religieux leurs dogmes.