Dans un article intitulé « Des vérités qui peu à peu se révèlent », paru le 30 novembre 2005 sur Oumma.com, Tariq Ramadan m'accuse de rendre l'islamisme responsable des émeutes. Sans me citer et sans citations à l'appui. Il se contente d'asséner cette contre-vérité en m'attribuant des propos que j'aurais tenus en Angleterre, auprès de la BBC et dans le Wall Street journal, mais pas en France. Ce qui me rendrait coupable du délit de « double discours ».

En réalité, égal à lui même, Tariq Ramadan ment, défigure mes propos et procède par amalgame pour mieux caricaturer ses détracteurs.

Les islamistes, Tariq Ramadan compris, ne sont pas à l'origine des émeutes que vient de traverser la France. Voilà l'analyse que je développe depuis des semaines dans Charlie Hebdo (16/11/2005) Lire, sur TV5, sur France Inter. Mais aussi, très exactement dans ces termes, sur la BBC et dans le Wall Street journal Europe (16/11/05). Mon article paru dans le journal anglophone commence par cette phrase : "Les émeutes auxquelles nous avons assisté en France en novembre 2005 n'étaient ni ethniques ni religieuses, mais le symptôme d'un malaise social, économique et identitaire". Je m'y élève contre la propagande relayée par Fox news voulant faire de ces émeutes le signe d'une explosion islamiste en France ! Ce qui n'empêche pas Tariq Ramadan de me faire dire exactement le contraire...

En fait, Tariq Ramadan feint d'ignorer cette première partie de mon analyse pour mieux la déformer, notamment en l'amalgamant à une seconde partie de mon propos. Celle où j'explique que même si les intégristes ne sont pas à l'origine de ces émeutes, leur prosélytisme risque de gagner du terrain si l'Etat continue d'abandonner le lien social dans certains quartiers populaires aux religieux plutôt qu'aux travailleurs sociaux.

Tariq Ramadan amalgame donc ces deux analyses afin de semer la confusion et de donner le sentiment diffus, sans aucune citation à l'appui, d'un « double discours ». Il s'agit ni plus ni moins d'un procédé malhonnête visant à renverser l'accusation qui le suit à la trace depuis plus de quinze ans, preuves à l'appui cette fois.

Autre ficelle décidément très habituelle chez le prédicateur, il tente à tout prix d'amalgamer mes prises de positions avec celles d'Alain Finkielkraut, dont je ne partage pourtant l'analyse ni sur les émeutes ni sur la colonisation. l'essentiel étant de dresser une nouvelle liste de noms - Finkielkraut, BHL et moi-même - pour souffler sur les braises de la démagogie anti-intellos, qu'il se verrait bien remplacer sur les plateaux de télés pour parler au nom des banlieues.

Caroline Fourest