A force d'entretenir le mélange des genres et de vouloir à tout prix traiter des problèmes sociaux par le prisme du religieux, les politiques, comme les intégristes, sombrent dans le ridicule?

Le 6 novembre dernier, alors que plusieurs quartiers de France flambent, l'UOIF est venue au secours de l'ordre républicain en édictant une fatwa appellant au calme : « Il est interdit au musulman la transgression et l'injustice et ??ne transgressez point car Dieu n'aime pas les transgresseurs' Â», dixit le contenu de la fatwa, sources coraniques à l'appui.

Comme si tous les casseurs étaient musulmans et non les enfants maudits de la République. Comme si le mouvement de colère auquel on assiste était une sorte d'intifada et non un mouvement de rage sociale. Comme s'il suffisait qu'un imam obscur, en l'occurrence le président de Dar el Fatwa de l'UOIF, siffle la fin de la récré pour que l'ordre revienne? et que l'on oublie les discriminations, les inégalités, le manque de mixité et de justicie sociale qui engraissent les gardes chiourmes mais enragent les enfants terribles.

De quoi se mêle l'UOIF ? c'est la question que se sont posé plusieurs élus. Ce sont pourtant eux, Nicolas Sarkozy en tête ? mais aussi quelques élus locaux de gauche ? qui ont encouragé les intégristes à se prendre pour des pompiers ou des assistantes sociales à force de couper les crédits aux véritables travailleurs sociaux. Quand l'Etat démissionne, l'initiative privée ? en l'occurrence intégriste ? récupère le morceau. En Algérie, en Egypte, c'est ainsi que les Frères musulmans ont tissé leurs réseaux, en investissant le soutien scolaire, en organisant des activités sportives et culturelles là où l'Etat n'assure pas sa mission de lien social.

Les Algériens qui ont connu les émeutes d'avant 1990, où les voitures ont brûlé pendant des jours, ont un noeud dans le ventre. Si les islamistes n'étaient pas à l'origine des émeutes, essentiellement sociales, ils se souviennent que le Fis a ensuite prospéré sur les cendres. l'UOIF, qui recevait volontiers les dirigeants du Fis à son Congrès annuel jusqu'à il y a encore quelques années, fait-elle le même rêve ? Sa fatwa et l'envoi de barbus aux pieds des barres d'immeuble pour jouer les intermédiaires laisse songeur.

Dans un communiqué, JMF, la branche jeunesse de l'UOIF, a appelé au calme en faisant ce rappel : « Présent sur le terrain depuis plus de 10 ans, JMF, travaille tous les jours avec ces jeunes par le biais d'activités socio-éducatives, culturelles, sportives et humanitaire. Nous oeuvrons au quotidien pour les accompagner à devenir des citoyens actifs et positifs de notre société. Â» Entendez par « positif Â» le fait que Hassan Iquioussen, le prédicateur vedette de JMF et de l'UOIF, profite de ce réseau pour prêcher aux jeunes qu'une fille et un garçon n'ont pas le droit de se parler par le biais d'internet sous peine d'être à trois avec le « diable Â». Ou encore que la Shoah est un complot des Juifs ? décrits comme le « top de la félonie Â» ? en complicité avec d'Hitler pour occuper la Palestine.

c'est dire si l'on est en droit de s'inquiéter de voir les troupes de l'UOIF jouer les médiateurs sociaux. Prête à calmer le jeu lorsqu'il s'agit de rage sociale et de brûler des voitures. Mais pour mieux distiller un islam froid comme la haine, dont certains se revendiquent ensuite pour brûler des adolescentes?

En réalité, la fawta de l'UOIF a fait « pchiit Â». Elle est tombée comme un cheveu sur la soupe, dérisoire et risible, totalement décalée. l'immense majorité des « cagouleurs Â» ne sait même pas ce qu'est l'UOIF. Sur le terrain, personne n'a entendu parler de cette fatwa. Et s'ils la lisaient, on imagine volontiers les mômes en train de se gondoler en lisant ce passage de l'avis religieux : « Il est formellement interdit à tout musulman recherchant la satisfaction et la grâce divine de participer à quelque action qui frappe de façon aveugle des biens privés ou publics ou qui peuvent attenter la vie d'autrui. Contribuer à ces exactions est un acte illicite Â».

« Illicite Â» est peut-être un mot qui veut tout dire chez ceux qui traduisent « Islam Â» par « soumission Â»? mais il n'évoque rien d'autre qu'un sermon ravivant le désir de transgression chez ceux qui sont déjà en colère contre les sermons du ministre de l'Intérieur.

Caroline Fourest

Article paru dans Charlie Hebdo du 16 novembre 2005