L'homosexualité serait «contre-nature», selon le Premier ministre désigné.

Par Maja ZOLTOWSKA (Libération, 5 octobre 2005)

L'homosexualité est «contre-nature. Ce qui est naturel, c'est la famille, et l'Etat doit la protéger» : désigné au poste de Premier ministre par le parti conservateur Droit et justice (PiS) vainqueur des dernières législatives, Kazimierz Marcinkiewicz, 46 ans, s'est confié à l'édition polonaise de Newsweek parue lundi. Et il s'est livré à une longue diatribe contre les homosexuels. «Si les homosexuels ne respectent pas la liberté des autres, nous ne pouvons être d'accord», clame ce père de quatre enfants, catholique affiché. La Gay Pride «est une promotion» de l'homosexualité et «c'est inadmissible», poursuit-il. «Si une personne tente de "contaminer" les autres avec son homosexualité, l'Etat doit intervenir contre une telle entrave à la liberté».

Les leaders du PiS, les jumeaux Kaczynski, sont connus pour leur hostilité aux droits des homosexuels. Lech, maire de la capitale et candidat à la présidentielle de dimanche, a interdit en juin une parade gay à Varsovie. Soutenus par de nombreux sympathisants, les gays et lesbiennes avaient toutefois défilé, sous les jets d'oeufs et les injures des jeunes d'extrême droite. Le défilé avait ensuite dégénéré en bagarres.

Pour Robert Biedron, président de la Campagne contre l'homophobie qui organise les parades, une «période sombre» s'ouvre pour les homosexuels en Pologne, avec le «silence tacite des institutions européennes et du Conseil de l'Europe». «Les hommes politiques polonais se sont donné pour mission un renouveau moral de la Pologne et de l'Europe, explique-t-il à Libération ; ils veulent imposer un modèle unique : celui du mâle hétérosexuel et conservateur et il n'y a pas de place pour d'autres minorités. C'est un discours qui fait penser à l'Allemagne nazie et qui mène droit aux camps de concentration pour les homosexuels.»

Interrogée hier à Bruxelles sur les propos de Marcinkiewciz, Françoise Le Bail, porte-parole de la Commission européenne, a déclaré prudemment : «L'Europe est fondée sur la non-discrimination.» Selon un sondage de juillet dernier, 72 % des Polonais se prononcent contre les mariages homosexuels. Seuls 11 % sont pour l'adoption par les couples homosexuels.