NOTRE SONDAGE RÉVÈLE QUE SI LES JEUNES ONT DÉJÀ CHOISI LEUR MÉTIER, ILS SONT SANS ILLUSION SUR CE QUI LES ATTEND SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL. PREMIER EMPLOI : LES MOINS DE 25 ANS MOTIVÉS MAIS INQUIETS

Anne JOUAN

PESSIMISTES ET BIEN INFORMÉS. Le sondage TNS Sofres-Euro RSCG-Le Figaro montre en effet que 62 % des 15-24 ans n'ayant jamais exercé d'activité professionnelle savent précisément le métier qu'ils veulent faire plus tard. Une note positive dans une conjoncture morose contrebalancée cependant par un autre chiffre : 80 % des 15-24 ans pensent qu'il est « difficile Â» aujourd'hui pour un jeune de moins de 25 ans de savoir quel métier il exercera plus tard.

Quand le chef de famille est retraité, inactif ou ouvrier, les jeunes savent plus ce qu'ils feront plus tard (respectivement 77 et 69 %). Pour 80 % des 15-24 ans, il est « difficile Â» aujourd'hui de savoir quel métier il exercera plus tard. Parmi eux, 84 % sont à la recherche d'un emploi, ce qui explique sans doute leur vision pessimiste de l'avenir. Pragmatiques et lucides, les filles pensent à 85 % que ce sera difficile. Ils sont même 21 % à juger ce choix « très difficile Â». A noter que les jeunes issus de régions plus durement touchées par le chômage (le Nord et l'Est) expriment des niveaux de perception des difficultés plus élevées (respectivement 87 % et 89 %).

Pourtant, 66 % des 15-24 ans se disent bien informés sur la façon de trouver un emploi. Constat logique, selon Guénaëlle Gault, directrice d'études à la Sofres. « Il y a un fossé entre, d'un côté, l'information et, de l'autre, sa traduction en opportunité professionnelle. Les difficultés collectives, avec en toile de fond un chômage de masse, prennent le pas sur les situations particulières. La projection collective des Français est tellement négative que les jeunes sont méfiants, ils se recroquevillent sur eux-mêmes. Â» Curieusement, ceux qui se disent les mieux informés vivent dans des catégories d'agglomération de moins de 2 000 habitants contrairement aux habitants des grosses villes. Trop d'informations sur leur avenir tueraient-elles l'information ?

Jean-Michel Hieaux, vice-président exécutif d'Euro RSCG, se dit surpris par ces résultats : « Car nous organisons régulièrement des réunions de groupe avec des jeunes. Et il en ressort qu'ils ne savent pas quoi faire plus tard, qu'ils ne connaissent pas le monde de l'entreprise. Globalement, il n'y a pas de connection entre le monde des études et celui de l'économie. Â» Guenaëlle Gault estime que si les résultats du sondage peuvent sembler contradictoires de prime abord, ils s'expliquent en fait par « la distinction entre le souhait du métier à exercer plus tard et l'effectivité projetée. C'est la même chose avec le principe de plaisir qui s'oppose à celui de réalité Â».

Jean-Michel Hieaux pointe du doigt la société : « Nous vivons dans une société « dépluggée Â» où il n'y a aucun lien entre la vie fantasmée et le monde réel. La France d'aujourd'hui ne vit pas la vie, elle la pense. Sans compter que l'école ne met pas la réalité à l'ordre du jour. Â»

Le sondage montre également que plus le milieu socioprofessionnel est modeste, plus la certitude du métier futur est importante. Les moins déterminés sont les enfants de cadres ou de profession intellectuelle à 49 %. Ce qui signifie que plus les parents ont fait d'études, plus leurs enfants se laissent le temps de se positionner quant à leur avenir et qu'ils peuvent faire des études généralistes. « C'est normal ! Car malheureusement, on ne leur offre pas trop la possibilité d'être dans le fantasme, le chemin des jeunes défavorisés est tristement tracé Â», note Jean-Michel Hieaux.

Cette conviction décroît dans les milieux les plus aisés, les enfants de cadres sont même minoritaires (49 %) à connaître leur futur métier. Jean-Michel Hieaux ne comprend pas du tout la défiance des jeunes quant à leur : « Ils pensent que l'avenir sera difficile alors qu'ils devraient penser que tout est possible, qu'ils peuvent tout changer. A cet âge, on devrait rêver de devenir député ou président de la République ! Â» SI LES JEUNES INTERROGÉS dans ce sondage se montrent pessimistes, c'est peut-être tout simplement parce qu'ils sont réalistes ! Car avec 22 % de chômage pour les 15-24 ans, la France n'est pas le bon élève de l'Europe en matière d'emploi des jeunes. Les Pays-Bas se situent sur la première marche du podium avec 8 % de jeunes chômeurs. Bon dernier, la Pologne avec 39,5 %. La France n'a donc pas de quoi pavoiser puisqu'elle se situe plus haut que la moyenne de l'union à 18,6 %. A titre de comparaison, rappelons que le taux de chômage en France est passé récemment sous la barre symbolique des 10 %, ce qui signifie que pour les jeunes, le chômage est plus de deux fois plus important que celui de la moyenne de la population ! Sans compter que tous les jeunes de 24 ans et plus qui continuent leurs études ne sont évidemment pas pris en compte dans ces chiffres. Certains diplômés de bac + 5 qui ont fait une année de stage à l'étranger par exemple, ou les bac + 8 ne sont donc pas comptabilisés.

Or cette situation difficile ne concerne pas seulement les non ou peu qualifiés. En effet, on observe que 9 % des jeunes diplômés sont au chômage. Soit le double de ce qui était observé en 2001.-

Méthodologie : le sondage a été effectué du 23 août au 7 septembre 2005. L'enquête a été réalisée par téléphone auprès d'un échantillon national de 432 personnes, représentatif de la population française âgée de 15 ans à 24 ans. Méthode des quotas (sexe, âge, profession du chef de ménage PCS) et stratification par région et catégorie d'agglomération.