En France, il existe désormais un consensus étonnant allant de Nicolas Sarkozy à une certaine gauche pour assouplir la laïcité au nom de la « liberté religieuse ». Jamais le lobbying exerçé depuis des années par des intégristes chrétiens américains et des sectes n'a trouvé terrain aussi favorable.

Le 30 juin dernier, une association joliment nommée « L'Aide à l'Eglise qui souffre » a publié un rapport mettant la France et la Norvège au ban des nations ne respectant pas un droit fondamental' celui de la liberté religieuse. Proche du Vatican, fondée en 1947 par un moine néérlandais pour soutenir les allemands victimes du communisme, elle s'est peu à peu recyclée dans l'édition de rapports anti-laïques sous prétexte de défendre la liberté de culte. En 2001, Andrea Morgi, l'un de ses représentants, justifiait le mauvais classement de la France en raison de sa législation anti-sectes. Cette fois, les réseaux du Vatican sont surtout remontés contre la loi sur les signes religieux a l'école publique. Le rapport 2005 a été présenté à la presse conjointement par le président de la Chambre des députés italien, Casini, et par le cardinal Martino, président du conseil pontifical pour la Justice et la Paix du Vatican. Ensemble, ils ont dénonçé les « approches laïcistes de la part de la République (française) dans ses rapports avec des groupes ou des manifestations religieuses ». Quant à la Suède, elle a eu la facheuse idée de condamner un religieux qui incitait à la haine des minorités sexuelles : "un pasteur protestant, Aake Green, a été incarcéré pendant 30 jours pour s'être dit dans ses sermons indigné par la tolérance montrée par son pays vis à vis des homosexuels et des lesbiennes". C'est dire s'il ne s'agit pas de défendre les minorités religieuses, privées de parole ou persécutées, comme au Soudan, mais bien de protéger le dogme intégriste.

Cette approche est soutenue, politiquement et financièrement, par l'administration américaine. Surtout depuis 1998, date à laquelle le Congrès américain a adopté l'International Religious Freedom Act. Depuis, la « protection des libertés religieuses » est un objectif prioritaire de la politique étrangère mise en oeuvre par le Département d'État américain. Un secteur bien entendu délégué à des membres de la droite religieuse américaine proche de Georges Bush et qui bénéficie des moyens diplomatiques et financier américain. Un de leur dada, une liste « noire » des pays jugés liberticides comme la France cause de sa politique anti-secte et de sa conception de la laïcité. Elle se trouve donc en ligne de mire à la fois du département d'Etat américain mais aussi des ONG affiliés à la droite religieuse américaine, c'est à dire à des organisations aussi puissantes que la Scientologie, très active pour faire pression sur les parlementaires ou sur les intellectuels français. Ce lobbying a longtemps buté sur la tradition française mais il gagne du terraiun depuis qu'un nombre grandisant d'universitaires et de politiques convergent en faveur d'une « Nouvelle laïcité », c'est à dire en faveur d'une laïcité à l'anglo-saxonne, plus ouverte aux demandes communautaires religieuses. Parmi les ONG chargées de mettre en oeuvre ce concensus, on trouve l'Association internationale pour la défense de la liberté religieuse. Très influente, elle a réussi a faire en sorte que Mary Robinson soit dans son comité d'honneur. L'un de ses représentants français, Jean Baubérot, directeur du Groupe de sociologie des religions et de la laïcité, chantre de la « Nouvelle laïcité » est le seul « sage » a avoir voté contre le rapport Stasi. En 2001, il co-organisait pour cette ONG un colloque à l'Unesco - « Convergence spirituelle et dialogue interculturel » - entièrement dédié à protester contre les lois anti-sectes.

Cette approche ouvertement pro-sectes gagne du terrain au niveau politique. Le mois denrier, Nicolas Sarkozy renouvelait ses attaques contre la « laïcité de combat » devant l'association Bible. Son dernier livre, écrit en collaboration avec un membre de la Fondation de service politique (Opus dei), plaide pour la reconnaissance des « nouveaux mouvements spirituels ». Inquiétant quand on sait qu'il n'a pas fait que parler de « cinéma » avec l'ami Tom Cruise, ambassadeur de la Scientologie. Mais à gauche aussi on commence à regarder les sectes d'un autre air. La loi sur les signes religieux a réussi à métamorphoser quelques gauchistes en grenouille de bénitier comme le collectif Les mots sont importants de Tévanian, l'un des instigateurs d'Une école pour tous aux côtés de Tariq Ramadan. Le site du Collectif explique que « loi antisecte » est un « remède empoisonné d'un mal imaginaire ». On y apprend que la France « gonfle la menace » et entreprend une « chasse au sorcière ». On savait ce collectif anti-sécuritaire. On comprend maintenant qu'il s'agit surtout de dénoncer toute législation pouvant contrarier les mouvements religieux chers à Nicolas Sarkozy.

Fiammetta Venner