Le Monde n'a pas de mots assez doux pour féliciter Sarkozy sur sa gestion des élections du CFCM. L'Opa sur l'islam de France qu'ambitionne l'UOIF aurait été contenue. Rassurant mais faux.

Bosser sur le CFCM devient aussi exotique qu'enquêter sur une République bananière. Magouilles clientélistes, des urnes et même propagande étatique pour maquiller le bilan, rien ne manque à l'appel. Depuis que l'UOIF est entrée au CFCM, l'organisation issue des Frères musulmans ne cesse de marquer des points. Elle a fait céder le ministère de l'intérieur pour obtenir que l'on rejoue la nomination de l'aûmonier dans les prisons. Heureusement, c'est vers le scrutin renouvellant le Conseil que la plupart des journalistes ont les yeux rivés. Alors, c'est là que le ministère de l'intérieur a tenu a marqué le coup pour. Histoire de ne pas être pris en flagrant délit de clientélisme à haut risque. Trois semaines à peine avant les élections, 1113 grands électeurs ont ajouté aux 4087 du départ, soit 20% de plus. Des turcs et des proches du Maroc qu'on avait jusque là oublié mais qui ont l'immense avantage de diluer le nombre de grand électeurs UOIF. Résultat, le score national - le seul dont a parlé la presse - a effectivement le mérite de sauver les apparences.

Au Conseil d'administration national, en effet, la FNMF (mélange de musulmans proches du Maroc et d'islamistes financés par les wahhabites) reste en tête avec 11 sièges, l'UOIF reste second avec 10 sièges (3 de moins qu'avant), et la Grande Mosquée de Paris reste troisième avec 9 sièges. Un statut quo impeccable mais trompeur car personne n'a parlé des grands gagnants : les non affiliés, en tête avec 12 sièges et dont personne ne peut savoir encore s'ils voteront avec les intégristes ou les modernistes. Et encore, ces chiffres ont été obtenu grâce au scrutin à la proportionnelle et au système des listes communes. Lorsqu'on examine les résultats en détails, on découvre une autre réalité dont aucun média ne s'est fait l'écho.

L'UOIF arrive en tête des effectifs de l'Assemblée générale du CFCM (avec 39 sièges contre 33 à la Mosquée de Paris et 32 à la FNMF). Elle arrive également en tête du nombre de voix : 1155 contre 1069 pour la Mosquée de Paris et 886 pour la FNMF. Mais le meilleur est à venir. L'UOIF a gagné la présidence des Conseils régionaux de trois régions clefs : l'Ile de France, Le Nord pas de Calais et Rhône-Alpes. Ce dernier score a été obtenu de façon étonnante. Alors que la liste de Kamel Kabtane (conduite avec la Mosquée de Paris) allait l'emporter, le préfet a soudainement autorisé l'inscrition d'une centaine de grands élécteurs non inscrits supplémentaires après la clôture de l'élection... Résultat : victoire de l'UOIF !

En revanche, c'est vrai, l'organisation intégriste a renoncé à présenter des candidats dans certaines régions... ce qui a très opportunément fait baisser son score national et permit donc sauver les apparences. Quel talent. Surtout qu'il est bien entendu plus intéressant de gagner dans le Rhône Alpes que dans La Creuse. Et qu'il est plus intéressant d'avoir le pouvoir dans les régions (où les délégués régionaux discutent en direct avec les élus locaux et les préfets) plutôt qu'au niveau national.

L'organisation peut se féliciter, sans parader outre-mesure, histoire de ne pas casser la com' de l'ami Sarkozy. Décidement très fort. Aux arabes (qu'il confond avec les musulmans), il offre le CFCM. Aux juifs, il explique que sa grand-mère était juive. Doit-on comprendre que, grâce à cette « élection », il fait un clien d'oeil aux Corses ?

Fiammetta Venner

  • Auteure de OPA sur l'Islam de France. Les ambitions de l'UOIF, Calmann Levy, 2005.