Elle continue à croire au « Grand Israël Â» et crie que les fonctionnaires chargés du démantèlement appliquent la politique du Judenrat Par Stéphane Amar

Elle ne porte ni jupe longue, ni sandales. Elle ne cite pas la Bible à tout bout de champ mais plutôt les derniers éditos de ses journalistes préférés. On l'imagine plus volontiers traînant son élégante silhouette sur les belles avenues de Tel-Aviv qu'au sommet d'un avant-poste isolé. D'ailleurs Nadia Matar, pasionaria des anti-retrait, vit dans une très belle villa au sud de Jérusalem, à Efrat, « le 16ème des colonies Â». « Quand on a créé en 1993 le mouvement des Femmes en Vert, c'était d'abord pour casser le cliché du colon barbu en habit militaire avec la mitraillette sur l'épaule, raconte Nadia. Nous avons voulu montrer qu'en Judée-Samarie (Cisjordanie) et à Gaza vivaient des femmes semblables aux parisiennes ou aux anversoises.

Anvers. Seul un accent belge encore prononcé laisse penser que Nadia Matar a vu le jour sur les rives de la Mer du Nord, en 1966. « Mes parents étaient traditionalistes plutôt sionistes. Moi, je me souviens d'avoir toujours adoré Israël. Adolescente, j'ai fréquenté le Bné Akiva (mouvement de jeunesse sioniste religieux, ndlr) et, après le bac, j'ai foncé à Jérusalem Â».

À l'Université hébraïque, Nadia rencontre son futur mari, un pédiatre de dix ans son aîné. « Je me voyais paisible femme au foyer, je n'avais pas de grandes ambitions. C'est Pérès et Rabin qui ont tout bouleversé Â». Nous sommes en 1993, signature des accords d'Oslo. Nadia voit rouge. Elle décide alors, avec sa belle-mère Ruth, son inséparable complice, de rassembler des femmes hostiles au principe « Paix contre territoires Â». Le mouvement vise à capter l'attention médiatique en multipliant les happenings et les provocations plus ou moins maîtrisées. La militante de choc n'hésite pas à cogner avec un courage qui étonne jusqu'à ses adversaires, écopant au passage hématomes et journées de détention... toujours en compagnie de la belle-mère !

Les revendications des Femmes en Vert se conforment à l'idéologie nationaliste la plus décomplexée : 1. Guerre totale contre le terrorisme 2. Ne pas céder un pouce de territoire 3. Expulser les Palestiniens impliqués dans des actions armées 4. Permettre aux autres de vivre au sein d'un grand Israël, mais sans le droit de vote.

« La situation est claire : le Proche-Orient est comme un grand terrain de foot avec une petite boîte d'allumettes au milieu. Les Arabes possèdent tout le terrain et se battent pour la moitié de la boîte. Soyons sérieux, ce qu'ils veulent c'est éradiquer de la région ce cancer qu'est Israël. Pour eux, tout le pays est une grande colonie Â».

Familière des caméras de télévision, Nadia s'applique à affûter quelques formules-choc du genre : « Mon héros est devenu un zéro (Sharon) Â», « Nos autobus sont les chambres à gaz des Palestiniens Â» ou encore « Bassi applique la politique du Judenrat Â». Cette comparaison entre les nazis et le haut fonctionnaire israélien chargé du démantèlement a provoqué la fureur de la gauche israélienne et lui a valu des poursuites judiciaires. « Chez nous aussi, beaucoup la considèrent comme une extrémiste, indique un responsable du Conseil des Implantations. Ses comparaisons avec la Shoah sont inacceptables. Et je ne suis pas certain qu'elle serve vraiment notre cause Â».

Mais en ces temps de lutte frontale avec le gouvernement, Nadia Matar suscite plus que jamais l'admiration des siens. Car depuis trois semaines, elle a troqué sa maison contre une petite caravane sur la plage du Goush Katif. Elle y passe la semaine avec ses six enfants. De là, elle organise la résistance au démantèlement. Avec Baruch Marzel et Itamar Ben-Gvir, barricadés dans l'hôtel tout proche, elle a mis au point un véritable plan de bataille. Le but est d'attirer le plus d'Israéliens possible qui s'opposeront le jour venu aux militaires. « Vous n'imaginez pas le nombre de soldats qui n'obéiront pas aux ordres, promet Nadia. Ce plan ne se réalisera pas. Sinon, ce serait le début de la fin pour Israël Â».

Source Proche-Orient.info