Une dépêche AFP en date du 3 juin nous explique qu'un directeur d'école primaire d'Echirolles (Isère) s'est opposé à ce qu'une mère d'élève voilée participe à une sortie scolaire en tant qu'accompagnante. Contre l'avis de l'Inspecteur d'Académie.

"Lorsqu'elles encadrent un groupe, elles deviennent intervenantes pour l'Education nationale, elles bénéficient d'une protection légale en cas d'accident et elles sont tenues à un devoir de neutralité. On leur fait signer un engagement à respecter les règles de fonctionnement de l'éducation nationale, donc la laïcité", a indiqué le directeur.

Cette interprétation abusive de la loi sur les signes religieux à l'école publique ne sert pas une approche claire et sereine de la laïcité. Elle concourt plutôt à en brouiller le message. Comme tentent de le faire, à leur façon, ceux qui s'acharnent à parler d'une loi anti-foulard ou à insinuer que la loi interdit le voile en toute circonstances, dans la rue comme à l'école.

Ceux qui ont milité en faveur de cette loi l'ont fait pour réaffirmer le principe de la laïcité au sein des écoles publiques, afin de laisser une chance aux éleves de se construire en tant que citoyens à l'abri de la pression religieuse et politique. Cette laïcité s'impose aux élèves et aux enseignants, mais pas aux parents d'élèves... Une mère, donc une adulte qui a fait le choix de se voiler, ne doit pas être exclue du droit qu'ont toute les mères à participer aux sorties scolaires. Sous peine de donner raison à ceux qui aimeraient croire que la laïcité n'est qu'un prétexte à la discrimination.

Quand bien même ces parents d'élèves seraient accompagnateurs lors d'une sortie scolaire, ils le font en tant que parents et non en tant que salariés de l'Education nationale. Et dans le cadre d'une activité qui vise justement l'extérieur de l'établissement, donc la rue, où nous tenons à la liberté de chacun, y compris celle de manifester son appartenance à une croyance, fusse en arborant un symbole réactionnaire et sexiste.

C'est une nuance complexe, qui peut échapper à un directeur soumis à la pression quotidienne, mais elle est importante à rappeller car c'est justement cette frontière qui fait la grandeur de la loi sur les signes religieux à l'école publique : une loi qui garantit la citoyenneté et la laïcité sans toucher au droit au choix et à la liberté de conscience hors de ce lieu de rencontre et d'éveil à la citoyenneté qu'est l'école.

Caroline Fourest