KHARTOUM (AFP) - Le parquet d'un tribunal de Khartoum a accusé mercredi le journaliste Mohamed Taha Mohamed Ahmed d'avoir insulté le prophète Mahomet dans un article et estimé qu'il méritait la peine de mort, selon des sources judiciaires.

"Nous avons basé notre accusation sur un article (du journaliste) publié par le quotidien Al-Wifaq (...) qui insulte et ridiculise le prophète Mahomet en soulevant des doutes sur son affiliation et sa parenté", a déclaré à l'AFP Cheikh al-Dine al-Touaim.

Selon un autre membre du parquet, l'avocat Moussa Mohammad Ali, l'article est une violation du Code criminel qui statue sur les insultes à la religion et aux croyances.

"Dans notre accusation, nous avons souligné que le prophète Mahomet est sans équivoque une personne sacrée", a déclaré M. Touaim, ajoutant qu'une fatwa (avis religieux) infligeait la peine de mort à toute insulte au prophète.

Les apostats sont passibles de peine de mort sous la charia (loi islamique), appliquée au Soudan depuis 1983.

M. Ahmad a refusé l'aide d'un avocat et affirmé qu'il assurerait sa défense, a précisé M. Touaim, ajoutant que le procès devait reprendre jeudi.

Environ 2.000 personnes ont manifesté devant le tribunal pendant l'audience, réclamant la peine capitale pour le journaliste, selon un correspondant de l'AFP.

Une personne a été légèrement blessée par la police lorsque les manifestants ont tenté de forcer l'entrée du tribunal.

"Juges du Soudan, défendez l'honneur du prophète", proclamait une banderole portée par la foule qui criait: "mort à l'apostat".

L'article de M. Ahmed, un journaliste reconnu et un membre du mouvement des Frères musulmans, portait sur un manuscrit islamique vieux de plus de cinq siècles et qui soulève des doutes sur la généalogie du prophète.

Le manuscrit intitulé "L'inconnu dans la vie du prophète" par al-Maqrizi, un célèbre historien musulman, dit que le père de Mahomet ne s'appelait pas Abdallah mais Abdel Lat, ou "esclave de Lat", une idole de l'ère pré-islamique.

Le Conseil national de la presse (étatique) a ordonné la non parution d'Al-Wifaq pour trois jours à partir de vendredi pour la publication de cet article.