La Commission des droits de l'homme de l'ONU siégeant à Genève n'en finit plus de décevoir.

Un rapporteur béninois chargé de relever les formes contemporaines de racisme et de discriminations pour le Conseil économique et social - qui avait dénnonçé les crimes commis au nom de l'islam - a été démis de ses fonctions, sur pressions des pays musulmans. Son successeur multiplie les rapports classant dans cette catégorie la "christianophobie" et l'"islamophobie".

Son dernier rapport, remis en décembre 2004, dénnonce essentiellement les propos critiques envers la religion musulmane et prend la défense de Tariq Ramadan. Extrait de ce rapport officiel : "Le Rapporteur spécial souhaite en particulier attirer l'attention de la Commission sur la campagne lancée à l'encontre de l'intellectuel musulman de nationalité suisse Tariq Ramadan". Et de renvoyer, en note, à l'article de l'Express consacré au livre de Caroline Fourest, Frère Tariq !

Mieux, la critique de la religion a été classée comme une forme de stigmatisation... La Commission a voté par 31 voix (majoritairement des pays musulmans ou d'Amérique latine) une résolution proposée par les pays musulmans visant à réaffirmer la "nécessité de combattre la diffamation de toutes les religions, l'Islam et les musulmans en particulier, notamment dans les forum des droits de l'homme."

Pendant ce temps, les exactions commises envers les esclaves et les chrétiens (2 millions de mort) au Soudan ne sont condamnées. Les pays musulmans (emmenés par l'Egypte) sont parvenus à faire échouer toute résolution visant à condamner le Soudan pour ses exactions au Darfour !

Le colloque "Victims of Djihad"

C'est dans ce contexte incroyable que trois ONG - International Humanist and Ethical Union, Association for World Education and Association of World Citizens - ont souhaité organisé un colloque en marge de la commission sur les "Victimes du Djihad" le lundi 18 avril 2005.

La journée était répartie en quatre tables-rondes : les musulmans victimes du Djihad, les Dhimmis, les apostats et les esclaves, les femmes.

Parmi les temps forts, le témoignage de Hamouda F. Bella, un médecin syndicaliste soudanais arrêté et torturé dans les mois qui ont suivi le coup d'Etat islamiste de 1989 à Khartoum : "Les soldats nous piétianient. Pendant 18 jours, nous avons été battus et fouettés sans savoir de quoi on nous accusait. Quand on leur demandait, ils répondaient : tu le sais mieux que nous !". Parmi ses tortionnaires, ses propres camarades de classe, avec qui il avait fait de la prison sous l'ancien régime. Aujourd'hui encore, il n'en revient pas de la vitesse à laquelle son pays a basculé : "Le Soudan a toujours connu un islam modéré, nous vivions en parfaite harmonie avec les chrétiens, mais quand les Frères musulmans sont arrivés les problèmes ont commençé... Lorsqu'on a demandé au Général Bachir (le chef des islamistes au Soudan) pourquoi il pratiquait la discriminations à l'égard des chrétiens, il a répondu : "comment voulez-vous que l'on introduise l'égalité lorsque l'inégalité est la volonté de dieu..."

Ce témoignage, très fort, a été renforcé plus tard dans la journée par le récit boulversant d'un ancien esclave soudanais, raflé dans son village natal parceque chrétien et noir par les troupes arabes islamistes. En pleurs (comme une bonne partie de la salle), cet homme qui a aujourd'hui une quarantaine d'années nous a expliqué comment il avait été arraché à sa famille à l'âge de 9 ans et comment il été devenu, lui l'enfant adoré, un chien dormant par terre et devant manger les restes dans les assiettes de ses maîtres...

La journée a été clôturée par deux interventions. Celle de Caroline Fourest, auteure de Tirs Croisés et de Frère tariq, qui a rappelé qu'il était inutile de chercher le surcroît de dangerosité d'un intégrisme dans la nature d'une religion mais dans l'absence de contre-pouvoirs qui lui faisait, ou non, barrage. Elle a donc plaidé pour une stricte séparation du religieux et du politique, à l'image de la laïcité française.

A ses côtés, le représentant de l'IHEU a lu un message de Taslima Nasreen, qui devait venir mais n'a pas le visa nécessaire pour pouvoir sortir d'Inde. Dans sa lettre, elle a rappelé combien les femmes souffraient tout particulièrement de l'intégrisme.

Le dernier mot de la journée à été confié à Ayaan Hirshi Ali, membre du parlement des Pays-Bas et menacée de mort par les assassins de Théo Van Gogh pour sa participation au film Soumission et son combat contre les violences faites au nom de la religion et de la culture. C'était l'une de ses toutes premières réapparition publiques depuis ce meurtre. Protégé par le gouvernement des Pays-Bas, ses déplacements se font sous hautes sécurité et son rares. Elle tenait toutefois à être présente à cette tribune, d'où elle lancé un vibrant plaidoyer en faveur de la laïcité et dénoncé le "relativisme culturel" visant à priver les femmes immigrées des droits qu'ont les femmes nées en Europe au nom du respect des cultures.