Ils sont « papabili ». En clair, ce sont les favoris dans la course à la succession de Jean-Paul II. En attendant le début du conclave, le 18 avril, retour sur les neuf candidats les mieux placés pour poser leur cul sur le Saint siège, souvent présentés comme « modérés » par la presse, malgré leurs positions ultra-réactionnaires.

FRANCIS ARINZE: 72 ans C'est le candidat de l'Afrique où, malgré le nombre de morts du sida, la population de catholiques est passée de 50 à 90 millions. Très conservateur, il a la bénédiction de l'éternel prétendant, Joseph Ratzinger, qui estime qu'un pape africain « serait un signe positif pour toute la chrétienté » - en fait il y eut déjà un pape africain en 492 : Gelasius I. Préfet de la Congrégation pour le culte divin, Arinze est intervenu pour qu'une femme chrétienne nigérianne ne soit pas lapidée en vertu de la charia. En revanche, on ne l'a guère entendu lorsqu'une musulmane a failli, elle aussi, être lapidée. On le considère comme un spécialiste de l'islam.

DIONIGI TETTAMANZI : archevêque de Milan, 71 ans. Considéré comme un modéré, sans doute parce qu'il est quasiment le seul à sourire sur les photos, il n'est quand même pas prêt a défiler pour le pacs. Il a ainsi expliqué que les droits en faveur des minorités sexuelles n'étaient pas « de véritables droits mais en réalité ... de simples «pseudo-droits» » dérivant de « la tyrannie du désir à tout prix ». Néanmoins il a quelques bon côtés. Pour protester contre le brulôt raciste de Oriana Falacci, il a décidé de célébrer la cérémonie du vendredi saint en lavant les pieds de douze immigrés.

ANGELO SCOLA, patriarche de Venise, 63 ans. Il est très impliqué dans le groupe Communion et libération, un courant ultra-réactionnaire incarné notamment par son ami Rocco Buttiglione, l'ex-futur commissaire européen rejetté pour ses prises de positions sexistes et homophobes. Pour Scola, « l'intégration avec le monde musulman se fera en Europe, car sinon je ne vois pas où elle pourra se faire ». Il est très favorable à l'union des intégrismes religieux contre la laicité. Son élection serait une catastrophe pour l'Europe laïque.

TARCISIO BERTONE, archevêque de Gênes, 70 ans. Secrétaire de la Congrégation vaticane pour la doctrine de la foi, c'est-à-dire la pureté de la doctrine, il s'est fait connaître en réclamant l'autodafé du livre Da Vinci Code. Depuis, ce best seller est mis à l'« Index des livres interdits » (Index librorum prohibitorum) par l'Eglise catholique - une liste pourtant en théorie supprimée par la Curie dans les années 70. En revanche, Bertone a adoré La passion du Christ de Mel Gibson : « le film fait revivre la Passion dans la brutalité avec laquelle elle s'est déroulée ». Il fait aussi partie des prélats demandant l'exclusion des homosexuels de la prêtrise : « Les personnes ayant une inclinaison homosexuelle ne devraient pas être admises au séminaire ». Pour lui, ceux qui remettent en cause la position de l'Église sur l'avortement sont des « hérétiques ». Même sanction pour ceux qui acceptent l'euthanasie, qui sont excommuniés de fait : « la condamnation de l'euthanasie, ... appartient aux vérités qu'on est tenu d'accepter ... Ceux qui les rejettent consciemment se placent en dehors de la communion avec l'Eglise ». Un peu contradictoire, tout ça, car au moyen-âge, les hérétiques étaient condamnés à mort...

IVAN DIAS, diplomate et archevêque de Bombay, 69 ans. Très conservateur, le candidat indien, Ivan Dias, est un diplomate du Vatican. Il a participé à toutes les conférences internationales où le Vatican a milité contre la plannification familiale et le préservatif. En 2003, dans une allocution au Vatican, il a expliqué que l'homosexualité était une maladie de l'âme et qu'il souhaitait que les homosexuels soient « soignés pour leurs tendances non naturelles ». Les catholiques indiens ne représentent que 8% de la population et sont en majeure partie issus des membres des basses castes, qui parviennent ainsi à échapper au système des castes.

JOSEPH RATZINGER, gardien de la doctrine de la foi, 77 ans. Il a contribué à faire élire Jean-Paul II à la tête de l'Église. On le considère même comme l'artisan de sa doctrine provie et de ses dernières encycliques. Ultra-conservateur, il s'est opposé à la Théologie de la libération et aux théologiens progressistes comme Eugen Drewermann. Ratzinger a notamment proposé aux évêques américains que les hommes politiques favorables au droit à l'avortement soient excommuniés. Une mesure - que les évêques ont refusé - visant clairement John Kerry. Pour lui les chrétiens refusant la doctrine de l'exclusion du sacerdoce féminin sont de fait hors de l'Eglise.

CHRISTOPH SCHOENBORN, archevêque de Vienne, 60 ans. Encore un modéré ! Il a notamment demandé l'interdiction d'une bande dessinée du dessinateur Gerhard Haderer représentant Jésus drogué à l'encens : « Je suis parmi ceux dans ce pays qui ne peuvent pas s'habituer au fait que la foi sur laquelle ils ont construit leur vie soit constamment tournée en ridicule au nom de la liberté artistique ... Au sein d'une démocratie et d'une société pluraliste, les croyances les plus profondes de toutes les religions doivent être respectées. » Notre « modéré » a aussi fait suspendre un prêtre parce qu'il avait béni une union homosexuelle.

OSCAR ANDRES RODRIGUEZ MARADIAGA, archevêque de Tegucigalpa, 62 ans. Fait partie du mouvement charismatique, dont l'une des tendance considère que l'esprit saint peut tout, y compris guérir le Sida par prière. Mais il travaille aussi en partenariat avec des altermondialistes et dénonce le néo-libéralisme économique. Il demande l'allègement de la dette des pays pauvres de la part du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, mais n'a jamais été mis en avant par la diplomatie vaticanne

DARIO CASTRILLON HOYOS, chef de la Congrégation du clergé, 75 ans. Ce colombien est proche des Légionnaires du Christ, l'un des courant les plus réactionnaires de l'Eglise. Il éprouve aussi une certaine sympathie pour l'Opus Dei. Ainsi que pour les traditionnalistes. Il a conduit les négociations avec un groupe de 28 000 traditionalistes sympathisants du mouvement de Mgr Marcel Lefebvre au Brésil.

Fiammetta Venner