Nous avons de nombreux désaccords avec Xavier Ternisien, sur la laïcité, sur Tariq Ramadan... Mais nous sommes journalistes et nous devrions tous deux avoir le respect minimum du devoir de vérité.

Lorsque j'ai écrit, en 2004, dans un article de plus de 40 pages pour décrypter - sources à l'appuis - le traitement journalistique anti-laïques de ce journaliste engagé, je n'imaginais pas que sa seule réponse serait de m'accuser, sur des sites islamistes comme Oumma.com, de prendre mes infos sur des sites d'extrême droite... Pourquoi ? Parce qu'au détour d'une phrase (sur 40 pages portant sur ses articles et livres), j'évoquais le fait qu'il était "ancien séminariste"...

Cette confidence, il me l'avait faite en 1999, au local de ProChoix, lorsqu'une autre journaliste du Monde nous avait présentés. Il faut croire que j'avais mal compris. En tout cas, aujourd'hui, Xavier Ternisien nie être un ancien séminariste. Vérification faite, il semble effectivement être un simple ancien élève des Jésuites... Ce qui n'est pas la même chose. Mea Culpa donc. J'ai eu tort de me fier aux confidences de... monsieur Ternisien.

Monsieur Ternisien aura-t-il la même honnêteté ? Il faut croire que non. Il préfère les amalgames et continue de se rependre sur internet en expliquant que puisque j'ai écrit qu'il était "ancien séminariste" et que des sites d'extrême droite l'accusent aussi de l'être, c'est donc que je m'informe à l'extrême droite... Beau recoupement journalistique. surtout pour viser une confrère qui a toujours milité contre l'extrême droite.

Mais il est vrai que Ternisien est un habitué des recoupements journalistiques douteux. Surtout lorsqu'il s'agit de déligitimer les arguments des anti-islamistes.

Le 23 décembre, en pleines vacances de Noël, ce journaliste - qui a cité plus de 46 fois le nom de Tariq Ramadan dans ses articles - a battu tous les recors en publiant un article absolument stupéfiant à la une du Monde : « Tariq Ramadan : sa famille, ses réseaux, son idéologie ». On croit à un sursaut d'esprit critique. Pas du tout. Malgré un titre alléchant et un sous-titre pompeux où Ternisien nous dit que Ramadan « se nourrit de controverses et de zones d'ombre sur lesquelles Le Monde a enquêté », il s'agit ni plus ni moins d'une immense opération de sauvetage, où chaque procès intenté au prédicateur est démonté sur un mode ramadien.

Le clou du spectacle étant cette dénégation grossière reprise par le journaliste : « Tariq Ramadan affirme qu'il n'a jamais eu aucun lien avec les Frères (...) Plusieurs sources égyptiennes interrogées par Le Monde démentent tout lien entre l'intellectuel suisse et les Frères. » Encore un beau recoupement journalistique...

Ce n'est pas la première fois que Xavier Ternisien lave Ramadan de ce soupçon. Ses écrits servent d'ailleurs de caution au prédicateur, aux prises avec de plus en plus de questions sur ses liens avec la confrérie. Ramadan a désormais une réponse toute faite lorsqu'un autre journaliste lui demande de se justifier : « Le journaliste du Monde Xavier Ternisien est allé enquêter jusqu'en Egypte. Les responsables du mouvement là-bas lui ont répondu que je n'étais pas des leurs, que j'allais selon eux beaucoup trop loin dans mes réflexions sur les principes de l'islam. »

Grâce à Xavier Ternisien et au journal Le Monde, Tariq Ramadan dispose donc d'une caution indispensable à sa défense. C'est beaucoup plus grave que d'être accusé, à tort, d'être ancien séminariste.

Caroline Fourest