''Mort de Karol Wojtyla : la chaîne publique France 2 n'a pas à faire la propagande du Vatican, les drapeaux de la République n'ont pas à être en berne '' Lors du communiqué de presse envoyé le vendredi 1er avril, à 15 heures, à l'occasion de la mort imminente du chef de l'Eglise catholique, l'Union des Familles Laïques, tout en rappelant l'action réactionnaire qui avait dirigé les vingt-six années de son règne, avait conclu son texte en souhaitant que France 2 ait un traitement objectif et mesuré de la mort du Pape.

Nos inquiétudes n'étaient pas vaines. Depuis plusieurs jours, la chaîne publique, financée par les impôts de tous les contribuables, est devenue un outil de propagande « non stop » de l'oeuvre de Karol Wojtyla, avec une lecture partielle et tronquée de son action.

Cette démesure dans le traitement de l'information est sans aucun rapport avec la situation de la France d'aujourd'hui. Si la majorité des Français respectent la peine des catholiques devant la disparition de leur chef, nombre d'entre eux ne pratique pas, les Eglises sont de moins en moins remplies, et de plus en plus de citoyens avouent ne pas croire en Dieu, ou bien à douter fortement de son existence. D'autre part, les croyants ne se retrouvent pas tous au sein de l'Eglise catholique, et doivent donc être traité de manière égalitaire sur une chaîne publique. Enfin, nombre de catholiques eux-mêmes ne se reconnaissent pas dans le discours archaïque qui leur est tenu depuis vingt-six ans par leur hiérarchie.

L'Ufal partage donc l'exaspération de la majorité des familles devant le détournement des objectifs d'une chaîne publique, et sa mise au service de l'Eglise catholique. Elle partage également l'indignation de nombre de militants et de femmes, devant l'image d'homme de paix et de progrès donnée, depuis plusieurs jours, de Karol Wojtyla, eux qui, lors de leurs combats émancipateurs pour le droit à la contraception, à l'avortement, au choix de sa sexualité, ou à se protéger du sida, ont trouvé ses positions obscurantistes face à eux, avec les catastrophes humaines qui ont accompagné ce discours.

Enfin, en cette année de centenaire de la loi de 1905, qui marque la séparation stricte de la sphère publique et de la sphère privée, l'Union des Familles Laïques s'étonne que, dès dimanche matin, des drapeaux aient été mis en berne, sur ordre préfectoral, dans des certaines communes de province. A Paris, le drapeau français était également en berne à l'Assemblée nationale, aux Invalides, au Louvre, à l'Hôtel de la Marine, place de la Concorde, dès dimanche après-midi. S'il s'agit d'un hommage au chef de la religion catholique, faut-il rappeler que la République ne reconnaît aucune religion. S'il s'agit d'un hommage au chef d'Etat du Vatican, faut-il rappeler que cet Etat ne répond pas aux critères démocratiques traditionnels : pas d'élections, pas de Parlement, pas de pluripartisme. Si ces initiatives sont le fait d'hommes isolés ayant fait passer leur conviction religieuse avant la laïcité, l'Ufal réclame du gouvernement des sanctions contre eux. Mais si, comme tout l'indique, il s'agit d'une consigne gouvernementale, l'Union des Familles Laïques émet une vigoureuse protestation, et constate, un an après le vote de la loi contre les signes religieux à l'école, qu'une frange importante de la droite ose se prétendre laïque, mais considère toujours que la France est la fille aînée de l'Eglise.

L'Union des Familles Laïques demande donc au gouvernement de donner des consignes pour que, sur tout le territoire français, aucun drapeau ne soit mis en berne, en cette occasion, afin de respecter les principes laïques et la grande diversité de tous nos concitoyens.

Le 4 avril 2005