Les combats incessants que Jean Paul II a mené contre le mouvement pour l'émancipation des femmes et des homosexuels restera comme l'histoire d'un échec. En France, malgré l'hostilité de la hiérarchie catholique et de ses relais à travers le pays, la loi sur le Pacs non seulement a été votée mais le couple homosexuel est maintenant accepté et reconnu comme légitime par une large majorité de la population.

Dans la plupart des démocraties occidentales et en particulier dans l'Union Européenne, les droits des femmes et des homosexuels à décider librement de leur vie sont aujourd'hui protégés et ce contre l'avis du Vatican. L'affaire Buttiglione, pressenti pour être commissaire européen à la justice et qui s'est distingué en particulier par ses propos homophobes et sa vision réactionnaire des femmes, est une illustration parfaite des fortes résistances rencontrées par le Vatican dans son combat pour imposer ses vues et sa politique morales à l'Union Européenne.

Cet échec est le reflet de l'incapacité de Jean-Paul II à penser une théologie du genre et de la sexualité qui intègre les exigences des démocraties modernes en matière des droits de l'être humain.

Les effets sont dramatiques pour la lutte contre le sida. Le refus de Jean Paul II de promouvoir l'utilisation du préservatif et son discours centré sur la chasteté comme moyen privilégié de prévention ont joué comme un frein puissant sur les actions menées pour enrayer la diffusion de l'épidémie, en particulier dans les régions d'Afrique subsaharienne influencées par le catholicisme.

Paradoxalement, le combat énergique de Jean Paul II pour le renversement des régimes totalitaires et l'instauration de la démocratie dans les pays de l'Est joue aujourd'hui en faveur de la reconnaissance des droits des homosexuels et des personnes séropositives dans ces pays. Cet effet de sa politique n'était certainement pas voulue par Jean Paul II mais nous ne pouvons que nous en féliciter.