Lundi 21 février à 22h35, Arte s'apprète à rediffuser un documentaire pro-islamiste iranien, antiféministe et antisémite.

Pendant les années 80, un livre a particulièrement ému en Europe et aux Etats-Unis : Jamais sans ma fille. Vendu à des millions d'exemplaires, le livre raconte l'histoire de Betty Mahmoody, une citoyenne américaine mariée à un Iranien. Parti vivre en Iran avec son époux, elle a vécu un véritable calvaire pour fuir ce pays et soustraire sa fille à la cruauté de son mari ainsi qu' à celle de sa belle-famille. Même s'il n'est pas dénué de clichés, son témoignage est devenu un exemple, une forme d'appel à la résistance féministe face au fanatisme religieux. Vingt ans plus tard, les temps ont bien changé. Chose impensable il y a quelques années, ce n'est plus Betty Mahmoody mais son ex-mari, Bozorg Mahmoody, qui est à l'honneur de « Sans ma fille ». Un documentaire réalisé par des Finlandais, Alexis Kouros et Kari Tervo, financé par une chaîne finlandaise et Arte, et qui rend un véritable hommage à cet homme, présenté comme une victime des préjugés islamophobes voire comme un innocent sacrifié aux intérêts américano-sionistes.

Sans jamais présenter le point de vue de son ex-femme, ni revenir sur les violences qu'il lui a fait subir, le film est entièrement pensé pour offrir une tribune à Bozorg Mahmoody. Plusieurs séquences insistent sur sa douleur de père, privé de voir sa fille (il est interdit de séjour aux États-Unis). On le filme en train de téléphoner, jour après jour, chez elle (en vain puisqu'elle ne veut aucun contact avec lui et ne décroche plus le téléphone). Ses soeurs, complices de la séquestration et des violences, sont interviewées comme si de rien n'était. Elles ne commprennent pas pourquoi leur ex-belle-soeur s'est enfuie et ne les aime pas...

On assiste également à l'une des multiples conférence que monsieur Mahmoody donne désormais aux quatre coins de l'Iran pour dénoncer le livre Jamais sans ma fille. Après avoir commenté de façon ironique les clichés anti-musulmans du film hollywoodien tiré du livre, il explique que le livre n'a pas été écrit par son ex-femme mais par un écrivain « sioniste », William Hoffer, également auteur de Midgnight Express (un témoignage sur l'enfer des prisons turques) : « L'histoire entre Betty et moi a été utilisée pour critiquer l'Islam et l'Iran. Comme l'histoire du trafiquant de drogue a servi à critiquer la culture turque. » On retrouve bien ici la martyrologie et la rhétorique du complot sous-jacente à une certaine utilisation de la lutte contre l'« islamophobie ». Mais même en Iran, les journalistes se montrent plus critiques que certains militants occidentaux. L'un d'eux ne résiste pas à poser cette question au conférencier : « Croyez-vous que tout ce qui est montré dans ce film n'existe pas en Iran ? Les femmes ne sont-elles pas habillées de noir ? » Et il ajoute : « Regardez dans cette salle ? » Une partie de l'assistance - au trois quart remplie de femmes entièrement voilées de noir - se met à rire. Mahmoody, qui tient par-dessus tout à donner une image positive de l'Iran et de l'Islam (il a même rasé sa barbe avant le début du tournage du film), fait une réponse qui semble satisfaire les hommes de l'assistance : « Comme si les Iraniennes n'étaient pas bien habillées en dessous de leurs manteaux noirs ! » Dans ce cas...

Le documentaire ne serait qu'un monument de propagande en faveur du père, de l'Iran et de l'antiféminisme s'il ne contenait pas également quelques séquences d'interviews censées nous convaincre de la haine anti-musulmans des Américains, réduits à leur bêtise généralisée : « Les Américains ont besoin de haïr quelqu'un et de diaboliser », explique l'un des interviewés. Il n'a aucun rapport avec l'histoire mais présente le grand avantage d'être Américain. Le film défend la thèse selon laquelle Mahmoody a été injustement privé de la garde de sa fille, par un jugement rendu aux États-Unis sous l'influence de la haine anti-musulmans et anti-iraniens. Il est certain que l'Iran n'a pas bonne presse aux Etats-Unis, mais la faute à qui ? Aux mollah et aux islamistes ? A M. Mahmoody qui a cru pouvoir se comporter en tyran au nom de l'islam et de valeurs culturelles iraniennes ? Pas selon le film. Celui-ci donne complaisamment la parole à deux femmes, présentées comme « des amies de la famille », qui accusent Betty d'avoir menti pour se faire de l'argent et vendre son histoire aux États-Unis. Un autre témoignage est censé nous convaincre qu'il s'agit d'une propagande typiquement américaine due à la présence de juifs dans les médias.... Sans que l'on comprenne exactement quelle question lui a posé le journaliste, un juge américain de Tuscola (Patrick R. Joslyn) fait figure de caricature idéale. Il explique combien les Américains ont une mauvaise image du djihad. Lui-même ne cache pas sa haine des musulmans : « Si j'étais président des USA et que quelqu'un touchait aux Américains, j'enverrai un commando et je vous réglerais votre compte ! », dit-il au journaliste. Plus croustillant encore, l'homme a une idée sur le pourquoi de cette « islamophobie » ambiante : « Il y a beaucoup de juifs dans les médias. Ils contrôlent les informations qui entrent aux États-Unis. » Enfin, une information intéressante... Le film se termine de façon énigmatique. Seul dans une salle de cinéma, Mahmoody assiste à l'écroulement des Twin Towers. Le 11 septembre semble apparaître comme une forme de dénouement logique.

Ce monument de propagande ferait sourire s'il était diffusé sur une chaîne iranienne mais c'est en France, sur Arte, à 22h35 et sans aucun commentaire, qu'il a été reprogrammé. Pour la deuxième fois. Mieux, le film est salué par Télé-Obs comme un « portrait poignant » (Voir encadré).

par Caroline Fourest