On a souvent l'impression que les intégristes catholiques sont moins efficaces que les autres. Il est vrai qu'ils n'ont pas encore de Président à leur service, ni, dans leurs rangs, de milliardaires fanatiques prêts à financer l'achat d'une vingtaine de cutters. Mais ils ne se laissent pas oublier pour autant. Malgré la mort de leur gourou en 1991, les lefebvristes s'accrochent. Voilà deux de leurs dernieres campagnes.

• L'outrage a Fatima Pour les lefebvristes, recupérer le Site des Apparitions de Fatima est devenu un « chalenge ». Tout a commencé en décembre 2003 avec le projet d'un centre « interreligieux », situé à côté de l'actuel sanctuaire de Fatima au Portugal. Horreur, sacrilège ! Ce centre mettrait « sur un pied d'égalité le site sacré de culte catholique (avec ceux) non-catholiques, de tout genre, y compris les musulmans, les juifs, les bouddhistes, les hindous et autres païens », s'alarment les lefebvristes. L'oecuménisme est, selon, la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X la preuve de l'apostasie du pape : « Outre qu'il détruit la foi catholique, l'oecuménisme détourne encore de l'Eglise les hérétiques, les schismatiques et les infidèles. Il ne réclame plus la conversion des hérétiques et schismatiques. Il engendre un égalitarisme entre les confessions chrétiennes. Il humilie l'Eglise et enorgueillit les dissidents ». Les cathos pas forcement intégristes sont, eux aussi, horrifiés par le projet. Le père Nicolas Gruner, directeur de la revue The Fatima Crusader, parle « d'outrage absolu » : « Que ce site consacré de manière unique soit changé en un lieu où sont adorées les idoles païennes, c'est une insulte à des millions de catholiques croyants ainsi qu'un affront direct à la Bienheureuse Vierge Marie. » Pendant trois ans, les catholiques opposés a l'ouverture de ce centre ont bataillé en vain. Devant la fermeté du Vatican, la seule issue pour les opposants au projet est de tout offrir aux lefebvritstes, ravis. Ces derniers engagent alors une campagne intitulée : « La profanation des sanctuaires. Après Assise, Fatima ? ». Pour eux, Fatima représente le combat de toujours, celui de la tradition contre la modernité. Et contre le complot judéo-maçonnique. Car, affirment-t-il, le centre serait bati selon des traditions de la Franc-maconnerie...

• Exposition impie en Argentine Le 17 décembre dernier, une exposition est organisée à Cordoba (Argentine), intitulée : « Noël : 10 artistes, 10 regards ». Certains peintres choisissent de réprésenter Jésus ou Marie sous forme de grille-pain ou de poêle à frire. L'accès est bloqué dès le premier jour par des intégristes qui prient allongés sur le ventre, en direction des poeles a frires, tandis que d'autres, moins sportifs, égrennent leur chapelet. L'inauguration est suspendue par la mairie pour raisons de sécurité. Le 21 décembre, alors que presque toutes les chaines de télévision ont pris parti (pour l'expo ou contre ? ), le maire de Cordoba, Luis Juez, annonce la fermeture définitive de l'exposition et démet de leurs fonctions le directeur du musée et le sous-secrétaire du Ministère des cultes. Pire, il accepte une cérémonie de « réparation » exigée par les lefebvristes qui mènent la croisade. La messe d'expiation a lieu le lendemain - y participent également des catholiques « modérés », qui chantent en choeur avec les intégristes : « Les antichrétiens sont en ordre de bataille, de leurs rangs jaillissent des blasphèmes, Notre-Dame est injuriée, nous allons combattre! » L'abbé Xavier Conte, prieur de la Fraternité Saint-Pie X à Cordoba, dirige l'acte de réparation « adressé à Dieu et à la Vierge immaculée » et reprend le communiqué de la fraternité : « Une fois de plus la Sainte Vierge a écrasé la tête de Satan. Le clergé diocésain a brillé par son absence, prisonnier de ses préjugés libéraux : quand donc comprendront-ils que le blasphème, l'erreur et le mal n'ont aucun droit ? ».

Fiammetta Venner