L'association Habitat et Humanisme fête en 2005 le 20ème anniversaire de sa création. L'occasion, le 22 janvier, d'une journée de festivités mais aussi de réflexion. Parce que ces 20 ans de combat contre le mal-logement ont aussi été 20 ans d'engagement contre le délitement croissant du lien social, l'association a souhaité pouvoir disposer d'un sondage faisant le point sur les perceptions et les dispositions des Français face à la crise du logement mais surtout face à la dimension plus spécifique de la mixité sociale.
De l'étude réalisée par TNS Sofres les 12 et 13 janvier 2005 auprès des Français, plusieurs enseignements peuvent être tirés.

Des loyers trop élevés pour 83% des Français
Parmi les problèmes qui se posent aujourd'hui en France en matière de logement, le coût élevé des loyers arrive très largement en tête, cité par 83% des enquêtés. Le manque de logement intervient ensuite, qu'il s'agisse du manque de logements en général (36% de citations) ou du manque de logements sociaux (32%). Un quart des Français invoquent enfin le trop grand nombre de logements vétustes (25%) et 5%, la taille réduite des logements.
Le prix élevé des loyers semble peu faire débat dans l'opinion. Certes les jeunes y apparaissent plus sensibles que la moyenne (89% de citations chez les 18-24 ans), de même que les personnes disposant de revenus modestes (90%) et celles vivant dans des communes au taux de logements sociaux très faibles (91%). Mais, globalement, le problème est mis en évidence avec la même intensité par toutes les catégories socioprofessionnelles, quel que soit leur statut familial et, c'est notable, quel que soit le statut d'occupation de leur logement et le type de zone résidentielle : ainsi en est-il des habitants des petites communes (86%) comme de ceux de l'agglomération parisienne (83%), des propriétaires (82%) comme des locataires (83%).
Au-delà de ce constat quasi-unanime, la hiérarchie des difficultés en matière de logements permet toutefois de distinguer des préoccupations plus spécifiques à certains segments de la population.
Si rappelons-le, 36% de l'ensemble des enquêtés évoquent le manque de logement de manière générale, c'est davantage le cas des jeunes (40% des 18-24 ans), des cadres et professions intellectuelles et employés (respectivement 39% et 40%) et plus généralement des catégories sociales supérieures (40% des diplômés du supérieur, 40% des enquêtés bénéficiant des revenus plus élevés). Ce problème est également soulevé avec davantage de prégnance dans les villes de plus de 100 000 habitants (42%) où la préoccupation pour le coût des loyers, bien qu'élevée, l'est moins qu'ailleurs (77%). On repère encore cette préoccupation chez les couples ayant un (41%) ou deux enfants (39%) bien plus que pour les enquêtés vivant en couple avec trois enfants ou plus (24%) qui incriminent davantage le manque de logements sociaux (30%) ou la vétusté des logements (30%).
Le manque de logements sociaux, cité en moyenne par 32% des enquêtés, l'est davantage par les habitants de l'Ile de France (37%) et les personnes concernées, c'est-à-dire les locataires d'un appartement du secteur social (40%). De manière générale, les citations progressent d'ailleurs en proportion du taux de logement social de la commune de l'enquêté (28% de citations là où il est très faible pour 34% là où il est très fort).
Les sympathisants de gauche se montrent également plus préoccupés que la moyenne sur ce point (37%) quand les sympathisants de la droite parlementaire et plus précisément de l'UMP, ou les enquêtés habitants des zone de faible concentration de logements sociaux citent en revanche plus volontiers la vétusté des logements (respectivement 32% et 31% de citations).
A la lumière de cette hiérarchie de préoccupations, la mobilité urbaine ne semble donc pas s'offrir comme une possibilité dans une économie du logement où la cherté et la rareté apparaissent de façon aussi prégnante.

Critères de choix d'un logement : le budget... et le quartier Problème primordial, le coût se positionne logiquement en tête des critères de choix d'un logement, cité par plus de la moitié des enquêtés (52%). En second lieu, c'est l'environnement social et le voisinage du logement qui retient l'attention des enquêtés (39%) bien avant sa proximité avec les commerces (28%), leur lieu de travail (22%), la présence d'espace verts (19%), de transports (14%) ou la qualité des écoles du quartier (12%). La tendance naturelle des Français serait-elle davantage à « l'entre soi » qu'à la mixité sociale ? Certes, la stratégie présidant au choix d'un logement diffère sensiblement selon les catégories interrogées.
En fonction de l'âge et du statut familial d'abord. De manière générale, la question du coût étouffe toute autre préoccupation chez les célibataires, a fortiori ceux qui ont des enfants à charge (71%). Les couples sans enfant semblent quant à eux privilégier leur inscription dans la ville : le prix compte (45%), mais autant que l'environnement social (42%) et la proximité des commerces (42%). Pour les familles avec enfants : le coût du logement est là encore une donnée importante (50%) mais l'environnement social (39%) et la qualité des écoles du quartier (26%) sont également pris en compte, même si la plus faible évocation de ce dernier item signifie probablement sa redondance avec la question plus générale de l'environnement social. Les personnes âgées donnent en revanche plus d'importance à l'environnement social (43%) qu'au coût (37%), insistant encore plus sur la proximité des commerces (58%) et, plus que la moyenne, sur la question de la proximité des transports (23%).
Au-delà de ces logiques de cycle de vie, c'est surtout la logique de revenus qui préside à l'arbitrage des enquêtés dans le choix éventuel d'un logement. Les catégories socioprofessionnelles les plus modestes choisissent avant tout en fonction du prix : c'est le cas des niveaux de revenus les plus modérés (62% pour, rappelons-le, 52% de l'ensemble des enquêtés), des employés (64%), des ouvriers (63%) et des personnes occupant un appartement HLM (63%). De manière générale, plus la préoccupation pour le coût baisse, plus celle pour l'environnement social augmente.
Si l'importance accordée au coût du logement par les catégories de revenus intermédiaires se situe dans la moyenne (51%), l'attention à l'environnement social l'est davantage (44% pour une moyenne de 39%). Les enquêtés qui se situent dans les tranches de revenus supérieures complètent cette préoccupation (41%) par une attention à la présence d'espaces verts (24% pour 19% en moyenne). On notera une petite particularité des Parisiens et Franciliens qui, s'ils accordent autant d'importance au prix du logement que la moyenne des Français, citent en revanche dans de plus fortes proportions, le critère de proximité des transports (25%, en troisième position).
Quant aux propriétaires de leur logement, le voisinage compte autant voire plus pour eux que le coût du logement en lui-même, la question de l'environnement social pesant certainement sur la perception qu'ils ont de la valeur de leur bien. Un phénomène NIMBY («not in my backyard» ) non négligeable Pour tenter de mesurer au plus près l'acceptation concrète de logements sociaux, nous avons utilisé dans cette étude une technique qui consiste à partager notre échantillon de 1000 personnes en 2 sous échantillons identiques et poser à chacun de ces groupes de 500 personnes la même question, avec une légère variation de l'intitulé afin de mesurer l'écart que cette variation provoque, ou non. En l'occurrence, 87% des personnes à qui nous avions soumis la question de l'implantation de nouveaux logements sociaux en France s'y montrent favorables (contre 11%) quand 73% y seraient favorables dans leur quartier (contre 25%). On note donc un différentiel substantiel de 14 points. Un différentiel que l'on relève également dans l'intensité des réponses obtenues car si 40% se déclarent tout à fait favorables à ce que l'on implante davantage de logements sociaux en France, ils ne sont que 23% à être tout à fait favorables dès lors qu'il s'agit de leur propre quartier.%% Globalement, l'acceptation, même si elle reste majoritaire, baisse dans toutes les catégories.
On relèvera d'ailleurs que pour un certain nombre d'entre elles, le niveau de refus, très bas quand la proposition se situe au niveau national, augmente de façon substantielle - même s'il reste minoritaire - dès lors qu'il s'agit de se projeter dans son propre quartier. C'est le cas les jeunes (3% seulement des moins de 24 ans s'opposent à l'implantation en France, 22% dans leur quartier), des professions intermédiaires (8% en France, 26% dans leur quartier), des employés (9% en France, 30% dans leur quartier), des plus bas revenus (8%/26%) et des habitants des villes moyennes de 20 000 à 100 000 habitants (7%/33%), Parmi les catégories dont le niveau de refus s'amplifie : les habitants de l'agglomération parisienne (10%/30%) et plus généralement les Franciliens (10%/31%), les habitants des zones où le taux de logements sociaux est très faible (13%/29%), ceux des communes où il est très fort (11%/26%), les propriétaires (11%/30%) et les sympathisants de la droite parlementaire (12%/35%). Ces constatations sont à rapprocher du phénomène NIMBY («not in my backyard» = «pas dans ma cour») qui désigne les opposants à tout nouveau développement (grand équipement, service public, logement social, etc.) qui reconnaissent que cet équipement est nécessaire, mais refusent son implantation à proximité de chez eux. En l'occurrence, il s'observe à deux niveaux : au niveau de l'intensité de l'acceptation et au niveau du refus.
Malgré tout une bonne acceptation de l'implantation de nouveaux logements sociaux

Pour autant, la proportion d'enquêtés se montrant favorables à l'implantation de nouveaux logements sociaux dans leur propre quartier reste tout de même substantielle (73%). Aucune catégorie ne s'y oppose majoritairement. On notera cependant que les hommes (77% contre 22%) s'y montrent plus favorables que les femmes (69% contre 28%), de même que les plus jeunes y sont légèrement plus ouverts (77% contre 22% des 18-24 ans) que les plus âgés (71% contre 26%).

Légèrement plus réticents même si, là encore, l'acceptation reste largement majoritaire : les personnes dont les communes comptent une très faible proportion de logements sociaux (69% contre 29%) de même que les couples n'ayant pas d'enfants (68% contre 30%).
On observe par ailleurs un clivage important entre les locataires (81% dont 30% tout à fait favorables contre 18% opposés) et les propriétaires (67% favorables dont 18% tout à fait contre 30% opposés), les sympathisants de gauche (82% dont 29% tout à fait favorables contre 16% opposés) et ceux de droite (64% favorables dont 15% tout à fait contre 35% opposés).
Si les catégories sociales supérieures se déclarent globalement autant, voire plus favorables que les catégories plus populaires à l'implantation de nouveaux logements sociaux dans leurs quartiers, l'intensité de leur acceptation se révèle toutefois nettement moins forte : ainsi 16% des cadres et professions intellectuelles y sont tout à fait favorables (76% au total), 17% des diplômés du supérieur (77% au total), 12% des revenus supérieurs (72% au total) pour, en revanche, 36% des employés (68% au total), 25% des ouvriers (75%), 29% des moins diplômés (75%) et 31% des revenus inférieurs à 1500 (75%). Tout se passe donc un peu comme si les premiers se situaient davantage dans la déclaration d'intention que dans la réelle projection.

Guénaëlle Gault Chef de groupe Etudes Contacts TNS Sofres : Département Politique et Opinion

Etude Sofres pour Habitat et Humanisme en partenariat avec La Croix 20ème Anniversaire d'Habitat et Humanisme (Novembre 2004) ___

Synthèse de janvier 2005