L'homophobie ne concerne pas seulement les gays. Nadia Aghouiles a 39 ans, est Rmiste et vit dans les quartiers Nord de Marseille. Depuis quatre ans, elle subit le harcèlement homophobe de son voisinage. Elle témoigne de son quotidien pour Illico

Comment se manifeste ce harcèlement ?

Par toutes sortes d'humiliations : on me traite de "gouine", on fait pipi sur ma porte, on me crache dessus, on me bloque dans l'ascenseur, on veut tuer mes chiens. En bas, ils ont écrit "la chienne avec les chiens" et je sais que c'est moi. Dernièrement, le frigo que j'avais laissé sur mon palier a été brûlé et on a dessiné la croix gammée sur ma porte avec "pute" écrit dessus.

Selon vous, qu'est-ce qui explique ces violences ?

C'est à la fois de l'homophobie et du racisme, parce que je suis Kabyle et que la bande de jeunes qui me harcèle est d'origine maghrébine. Ils m'ont dit : "Tu vas te soumettre !" mais je ne me soumettrai jamais. Ils n'aiment pas qu'une femme ait du caractère, une personnalité comme moi.

Est-ce que vous vous êtes plainte auprès de la police ?

À chaque fois, je les appelle ou j'y vais mais j'attends toujours. Ils font les procès-verbaux, mais ils ont hâte que je m'en aille. J'ai fait plein de démarches, j'ai écrit au procureur, au juge. Résultat : rien. On joue sur le fait que j'ai déjà fait de la prison.

Comment vivez-vous cette situation ?

Je vis ça très mal, ça me marque physiquement et moralement. Tous les locataires savent, mais personne ne dit rien. Je suis remplie de haine envers les gens et ce que je veux, c'est me venger. Ça veut dire que si je dois repartir en prison, je repartirai.

Julien Picquart

Illico du 28 janvier 2005