La lapidation pour punir « l'adultère » En Iran, des enfants, des femmes, des hommes meurent sous des pluies de pierres aux cris de Allah Akbar. Le phénomène, nié par les autorités, est en progression constante Par Fariba Hachtroudi contact@proche-orient.info

Fariba Hachtroudi est écrivain et auteur notamment des « Femmes iraniennes. Vingt-cinq ans d'inquisition islamiste », qui vient de paraître aux éditions de l'Hydre. Opposante au régime iranien, elle est aujourd'hui indépendante de toute organisation politique.

« J'ai échappé à la lapidation » de Safiya Tungar Tudu (Michel Lafon) est le récit de la campagne internationale qui a sauvé une jeune Nigérienne de la peine capitale par lapidation. Mariée à 13 ans à un homme de 50 ans, répudiée à plusieurs reprises, elle fut condamnée pour délit d'adultère mais sauvée et libre grâce à la solidarité des femmes du monde entier qui ont soutenu la campagne d'Amnesty international.

Des humains meurent sous des pluies de pierres et par pendaison aux cris de Allah Akbar Mais Safiya représente une exception parmi celles et ceux qui sont condamnés à mourir pour avoir « fauté ». Depuis un quart de siècle, femmes, hommes et mineurs sont ainsi assassinés en République islamique d'Iran. Des humains meurent sous des pluies de pierres ou par pendaison aux cris de Allah Akbar. En 2004, vingt-cinq mineurs ont ainsi été condamnés.

Ne serait-ce que parmi les cas les plus récents, il faut citer celui de Leila Mafi, 19 ans, condamnée en mai 2004 à la peine capitale pour avoir donné naissance à un enfant après avoir eu des relations sexuelles avec des membres de sa famille. Amnesty affirme que la jeune fille a été violée et contrainte de se prostituer dès l'âge de huit ans. Ses facultés mentales seraient réduites, mais elle a été condamnée par le Tribunal de Première Instance d'Arak sur la base des « aveux » qu'elle aurait faits devant la Cour.

Atefeh Radjabi, 16 ans, a été condamnée à la lapidation pour délit de moeurs, puis finalement pendue le 15 août 2004. Pour tenter de la sauver, Amnesty international a affirmé que la jeune fille était handicapée mentale. En fait, elle aurait été abusée par le juge qui l'a condamnée et envoyée immédiatement à la mort, sans que sa famille ait seulement pu contacter un avocat.

Le 25 août 2004, après plus de quatre années d'emprisonnement, Hadjieh Esmaïlvand fut condamnée à la lapidation pour adultère dans la ville portuaire de Jolfa. Condamnée en un premier temps à l'exécution capitale, sa peine fut commuée en lapidation par la cour suprême.

Le même jour, un homme connu sous le nom de Rouhallah G était condamné à mort pour adultère. Il avait dix-sept ans au moment des faits présumés.

Fin août - début septembre 2004, éclate l'affaire de Jila Izadi, 13 ans, condamnée à la lapidation à Marivan. Abusée par son frère âgé de 15 ans, l'adolescente s'était retrouvée enceinte. Suite à la campagne d'Amnesty (soutenue par des militantes iraniennes et européennes, dont Elisabeth Badinter), le régime de Téhéran aurait commué la peine. Mais, depuis, il a été impossible d'obtenir une quelconque information fiable sur le sort de la jeune fille.

Les autorités judiciaires iraniennes contestent ces informations communiquées par Amnesty et affirment que les condamnations par lapidation n'ont plus lieu en Iran. Selon l'organisation internationale, il semblerait qu'en décembre 2002 l'Ayatollah Chahroudi, le chef suprême du pouvoir judiciaire, aurait adressé aux juges une directive instaurant un moratoire sur les exécutions par lapidation en les engageant à opter pour d'autres formes de sanction. Il n'en demeure pas moins vrai que toutes les dispositions légales concernant l'exécution par lapidation restent valables en Iran.

Les premiers cas de lapidation ont eu lieu dès 1979 avec la venue au pouvoir de Khomeiny C'est au lendemain du coup de force de Khomeyni qu'apparaissent en Iran les premiers cas de lapidation : dès 1979, plusieurs lapidations orchestrées par le Hezbollah, avec la bénédiction des tribunaux révolutionnaires, auraient eu lieu dans les villes de Racht et de Kermanchah. En 1980, la presse locale mentionne le cas de « quatre femmes lapidées à mort dans la ville de Karadj » (quotidien Keyhan du 1er juillet 1980). D'autres cas répertoriés dans la presse iranienne prouvent qu'au moins 69 personnes (dont plus de 50 femmes) ont été lapidées aux quatre coins de l'Iran entre 1980 et 2002. Sous la présidence du « modéré pragmatique » Rafsandjani et sous celle du « modéré réformateur » Khatami, les lapidations ont augmenté de façon dramatique.

En République islamique - signataire des conventions internationales et notamment de la déclaration universelle des droits de l'homme ! - plusieurs décrets réglementent « les délits sexuels », en contradiction avec le Comité des Droits de l'Homme de l'Onu, qui établit clairement que l'adultère et la fornication ne peuvent en aucun cas être considérés comme des infractions pénales au regard des normes internationales relatives aux droits humains. Ces décrets iraniens, revotés en septembre 2003, en disent long :

Décret de loi n°99 Les cas d'adultères suivants sont punis par la peine capitale : a. Adultère avec les parents. b. Adultère d'un non musulman avec une musulmane. Remarques : dans les cas suscités, jeunes, vieux, mariés et célibataires subissent le même châtiment.

Décret de loi n°100 Les cas d'adultères suivants sont punis de lapidation publique :

a. Adultère d'un homme marié (jouissant d'accouplement avec son épouse légitime). b. Même cas pour la femme. Remarques : l'adultère d'une femme mariée avec un mineur n'est pas châtié par la lapidation.

Décret de loi n°101 L'adultère d'une vieille femme mariée ou d'un vieillard marié est puni par lapidation, et les inculpés recevront des coups de cravache avant le châtiment définitif. 
Article 102 La lapidation jusqu'à ce que mort s'ensuive est le châtiment pour les adultères. L'homme et la femme adultères sont enterrés dans un trou rempli de sable, le premier jusqu'à la taille, la seconde jusqu'au-dessus des seins, et ils sont lapidés. 
Décret de loi n°103 Si un homme marié commet l'adultère avant la pénétration (autrement dit, s'il jouit avant la pénétration), il recevra des coups de cravache et sera expulsé pendant un an, la tête rasée. 
Article 104 Les pierres utilisées ne devront pas être trop grosses afin de ne pas infliger la mort d'un coup ; elles ne doivent pas être si petites non plus qu'on ne puisse leur donner le nom de pierre. 
Alinéas (votés à l'Assemblée islamique en novembre 1996, toujours en vigueur) :

a. Un mari trompé surprenant sa femme en flagrant délit d'adultère peut tuer le couple fautif sans encourir de poursuites. Ce droit n'est pas reconnu pour la femme dans la même situation. b. Les relations illégitimes n'allant pas jusqu'à l'adultère entre un homme et une femme sont passibles de 99 coups de fouet.

Remarques : dans les décrets, il n'y a aucune différence entre « l'adultère avec une femme morte ou vivante » !

Depuis le premier mandat du président Khatami, chantre « de la révolution de velours », au moins vingt personnes ont été lapidées en Iran. Mais, en dépit des faits rapportés dans les journaux iraniens, les politiques nient les barbaries de la charia en vigueur. En témoignent certaines déclarations telle celle de la vice-présidente, Massoumeh Ebtekar, à qui le journal allemand « Tag Zeitung » avait posé cette question (édition du 18 octobre 1997) : « L'adultère est lapidée. Tenterez-vous de changer cette loi moyen-âgeuse ? ». Réponse : « L'aspect sacré de la famille est au premier plan de la politique islamique de notre pays. Les problèmes dont souffre l'Occident sont le fait de l'indifférence à la famille et de relations sexuelles débridées ». Mais le journaliste insiste : « La lapidation d'une femme reste à nos yeux inexcusable. Vous-même, vous l'approuvez ? ». Réponse : « Dans la loi islamique, la lapidation n'est plus de rigueur ! Heureusement, la plupart des juges refusent la conception de la lapidation. Mais dans sa forme et ses pratiques, nous devons penser à la psychologie et au droit de la société ».

« La lapidation devrait être appliquée dans le cercle fermé des croyants afin de ne pas donner de prétexte à de la propagande contre notre régime » A. Mohadejrani, ex-ministre de l'Orientation islamique Un an après, le 8 avril 1998, après avoir été reçu à l'Unesco, Ataollah Mohadejrani, ex-ministre de l'Orientation islamique, est apostrophé par les journalistes de quotidien iranien « Ressalat » : Pourquoi a-t-il laissé entendre que la lapidation, toujours en vigueur, n'est plus pratiquée en Iran ? Réponse : « Je ne remets en cause aucune de nos lois sacrées (...), mais la lapidation devrait être appliquée dans le cercle fermé des croyants afin de ne pas donner de prétexte à de la propagande contre notre régime ».

Le 8 juillet 2003, Zohré Chodja'ï - autre conseillère du président Khatami - faisait à son tour une déclaration sans ambiguïté au « Financial Times » : « La lapidation, disait-elle, a été instaurée dans le but de protéger l'inviolabilité de la famille ». Le 9 mai 2004, Khatami, qui bénéficie du soutien de l'Occident, pouvait alors par un jeu d'équilibre se plaindre des lapidations, lors d'une cession commune du gouvernement et du Parlement islamique : « Au lieu de multiplier les lapidations et les flagellations durant la période de réforme, n'eut-il pas été souhaitable de chercher à résoudre les problèmes ensemble ? ». Ces propos ont été divulgués par l'agence officielle de presse « Irna ».

Ces aveux officiels n'ont cependant pas empêché Hamid Reza Kharazi, ambassadeur d'Iran à Paris, de nier les faits de lapidation en Iran. Récemment, la députée Nicole Bravo et Brigitte Bardot ont dénoncé chacune, dans une lettre ouverte, ces exécutions, dont celle de Jila Izadi. La première rappelait à « son excellence » la dégradation inquiétante des droits de l'homme en Iran, la seconde exigeait la relaxe de la fillette... Réponse de l'ambassadeur à BB, le 27 octobre 2004 : « La nouvelle de la condamnation à la lapidation est complètement inexacte et je la démens officiellement. Par ailleurs d'après les procédures actuelles appliquées dans le système judiciaire iranien, la lapidation n'est plus appliquée en Iran (...) ; Cette condamnation à la lapidation, annoncée à tort par la presse locale iranienne, n'a jamais été prononcée (...). Et l'ambassadeur de rappeler à BB - dernier paragraphe de sa lettre - son devoir de citoyenne du monde : qu'elle s'occupe, si elle le peut, des femmes et enfants irakiens, opprimés sous la botte de l'occupant américain !

En 2004, le rapport d'Amnesty international, indiquait que : « En dépit de l'aggravation des violations des droits de l'homme au mois de novembre 2004, la Troisième Commission de l'Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution dans laquelle elle a salué l'évolution de la situation des droits humains en Iran, tout en soulignant l'existence d'atteintes graves et persistantes ».