Ce soir, sur France2, à 21H05, le documentaire de Mohamed Sifaoui Caroline Fourest : « Tariq Ramadan et l'UOIF utilisent l'intimidation et la menace contre les journalistes qui refusent la complaisance et ne veulent pas relayer leur propagande »

Ce matin, Tariq Ramadan était de retour sur les ondes françaises. Plus précisément dans un débat sur Europe1 qui l'opposait à Mohamed Sifaoui, auteur d'un film dévastateur sur cet islamiste au double langage, documentaire qui sera diffusé ce soir dans « Envoyé spécial ». Caroline Fourest, auteur de « Frère Tariq. Discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan » chez Grasset, a suivi l'émission. Elle analyse librement, dans un entretien mené par Clara Viala, les raisons et les modes des comportements journalistiques vis-à-vis de Ramadan. Au vitriol.

Clara Viala Pour la première fois depuis 3 mois, Tariq Ramadan était à nouveau invité sur Europe 1, à Paris, ce matin. Pouvez-vous nous expliquer le contexte ? Caroline Fourest Tariq Ramadan et l'UOIF ont mené une campagne pour obtenir la censure d'un documentaire télévisé faisant enfin la lumière sur la vrai visage de Tariq Ramadan. Jean-Marc Morandini l'a invité sur Europe 1 pour qu'il soit confronté à Mohamed Sifauoi, le réalisateur, et comme chaque fois que Ramadan est invité... C'est Mohamed Sifaoui qui s'est retrouvé mis en procès, obligé de se justifier pour avoir fait une enquête non autorisée sur Tariq Ramadan !

C. Viala Peut-on vraiment débattre avec Tariq Ramadan sur Tariq Ramadan, comme si de rien n'était ?

C. Fourest Bien sûr que non. On ne peut pas donner la parole à un intégriste aussi dangereux sans fournir aussi aux auditeurs le moyen de comprendre à qui ils ont affaire. Il y a quelque inconscience à prendre ce genre de risques. D'ailleurs, Tariq Ramadan a une fois de plus endossé le rôle de la victime alors que c'est lui qui vient de demander la censure d'un documentaire !... Simplement parce que ce film montre tout ce qu'il veut cacher depuis tant d'années. Et encore, pour l'avoir vu, je le trouve plutôt "soft" au regard de ce que je sais du personnage. Mais Ramadan, lui, ne l'a pas vu et il a peur.

C. Viala Que craint Ramadan ?

C. Fourest Pour la première fois, une émission de télévision ne se contente pas de l'interviewer. Sifaoui est allé enquêter et a voulu vérifier si ce qu'il dit sur les plateaux de télé correspond à ce qu'il dit ailleurs. Bref, pour la première fois avec Ramadan, une émission accomplit sa mission : informer le grand public au lieu de désinformer en acceptant de relayer, sans la contredire, la propagande islamiste. Voilà pourquoi Ramadan a peur et cherche à faire interdire le film. Il a nié à l'antenne avoir demandé cette interdiction mais sa lettre à France 2 le prouve. En fait, sa tentative de censure est particulièrement tordue : il a refusé d'accorder une interview à Mohamed Sifaoui, puis il a argué pour justifier sa demande qu'il n'est pas interviewé ! Comme il le fait tout le temps, Ramadan est tout simplement en train d'intimider tous ceux qui s'aviseraient de le critiquer. En les diffamant. En les accusant de malhonnêteté. C'est ainsi qu'il sauve les apparences depuis 15 ans : en menant des campagnes contre les journalistes critiques (qu'il traite d'islamophobes, de sionistes ou de guignols) et en favorisant les journalistes complaisants prêts à relayer sa propagande.

C. Viala La Télévision suisse le soutient dans cette démarche. Faut-il y voir le signe des complicités journalistiques dont Ramadan bénéficie et dont vous parlez dans votre livre ?

C. Fourest La Télévision Suisse Romande a une conception pour le moins étrange du journalisme. Il est vrai qu'elle subit depuis des années la pression de la famille Ramadan et qu'elle n'a jamais eu le courage d'y résister comme le fait France 2 aujourd'hui. Si on suit le raisonnement de Ramadan et de la TSR, seuls les journalistes complaisants envers les islamistes devraient avoir la parole... Et encore à condition que ces mêmes islamistes leur donnent la permission de travailler sur eux en leur accordant des interviews ! Ce n'est pas ma conception du journalisme.

C. Viala Pendant tout le débat, on a reproché à Mohamed Sifaoui d'avoir fait un documentaire "à charge", comme si c'était un crime. Critiquer Ramadan, ce serait être partial.....

C. Fourest Exactement. Et c'est très grave. Car l'objectivité est un faux débat. C''est un mythe. La question n'est pas de savoir si un journaliste fait une enquête à charge, ou s'il est objectif, mais de savoir s'il livre ou non des informations exactes. Avec ce type de raisonnement, dénoncer l'extermination des juifs pendant la Seconde guerre mondiale reviendrait à "faire une enquête à charge". Non objective. Puisqu'Hitler n'est pas interviewé et qu'il ne peut pas donner son point de vue ! Plus concrètement, qu'aurait-on pensé si un journaliste avait fait une enquête dévoilant le racisme d'un parti comme le Front national sans donner la parole à Jean-Marie Le Pen... Qu'aurait-on pensé si ce dernier avait menacé de faire interdire un documentaire d'"Envoyé Spécial" au motif qu'il n'y est pas interviewé (alors qu'il a refusé de donner cette interview) ou au motif que le journaliste n'est pas objectif parce qu'il défend les droits de l'homme ? C'est exactement ce qui s'est passé. Concevoir le débat démocratique et le journalisme en terme de "pour" et de "contre" est aussi bêtifiant que dangereux. C'est mettre sur le même plan les bourreaux et les martyrs. C'est considérer qu'un journaliste d'origine algérienne par exemple n'a pas le droit d'enquêter sur Tariq Ramadan (membre d'un Centre islamique qui accueille volontiers des anciens du GIA)... parce qu'il a failli perdre la vie dans un attentat du GIA !

C. Viala Pendant cette campagne, l'UOIF a quasiment délivré une fatwa contre Mohamed Sifaoui en le désignant comme un apostat, quelqu'un de "connu pour son hostilité aux symboles de la pratique musulmane". Est-ce pour l'intimider ?

C. Fourest Bien sûr, et Mohamed Sifaoui a décidé de porter plainte. Car on sait très bien, lorsqu'on étudie les discours de cette organisation, ce que ce message signifie. Il invite à le prendre pour cible. Mohammed Sifaoui est détesté par les islamistes parce qu'il a fait des enquêtes sur les islamistes... Et qu'il a témoigné dans des procès où des islamistes cherchaient à faire taire d'autres journalistes. Car c'est le contexte aujourd'hui. Il faut bien avoir conscience de cela : tous les journalistes qui enquêtent sur les mouvements intégristes proches des Frères musulmans prennent d'énormes risques. Certains sont menacés parce qu'ils ont refusé d'être achetés. Le prix à payer est immédiat. Le risque est physique, mais aussi moral. Car les islamistes bénéficient aujourd'hui de suffisamment d'alliés, y compris dans la presse, pour mener des campagnes en diffamation contre le moindre esprit critique. Mais le pire est peut-être, finalement, de devoir encaisser - en plus de tout cela - des leçons en journalisme de la part de confrères qui ne font plus leur travail et qui se permettent de dissimuler leur incompétence sous un voile « d'objectivité », précisément.