A l'autome dernier, le FSE de Saint-Denis avait accueilli Tariq Ramadan. On espérait que c'était un simple faux pas. Raté. C'était un galop d'essai.

Une rumeur circule, alarmante : Youssef al-Qaradhawi, le théologien qui approuve les attentats kamikazes et veut en finir avec les Juifs, serait invité au FSE prévu du 15 au 17 octobre à Londres ! Serait-ce une mauvaise blague ? Un remake douteux de l'invitation de Tariq Ramadan au FSE de France ? Quelqu'un aurait-il confondu les deux prédicateurs islamistes, qui pourtant ne se ressemblent pas, puisque Ramadan ne porte pas de lunettes ? Ou alors un coup de Trafalagar imaginé par les blairistes pour jeter l'opprobre sur le mouvement altermondialiste ? Malheureusement non. La simple consultation du pré-programme affiché par le site du Forum social européen confirme nos craintes : à Londres, comme ce fût le cas à Saint-Denis, les barbus seront les bienvenus.

Parmi les activités prévues, on annonce une table-ronde intitulée « Le hidjab : un droit de choisir pour les femmes ». Le temps où le droit de choisir évoquait le droit de disposer de son corps face aux diktats intégristes est révolu, relégué au rayon des ringardises « passéistes ». Désormais, ce sont les intégristes qui organisent des tables-rondes pour revendiquer le droit de choisir face aux diktats féministes. Au nom de l'antiracisme, bien sûr. L'organisatrice de cette causerie, Milena Buyum, est membre de la National Assembly Against Racism, et accessoirement intervenante du mouvement Prohijab lancé par Qaradhawi, Tariq Ramadan et les Frères musulmans depuis Londres (voir Charlie n° 640).

À suivre également, un débat, intitulé « Hijab et islamophobie : qu'avons-nous à dire ? ». Christine Delphy, la rédactrice en chef de Nouvelles Questions Féministes - désormais célébre pour ses appels à construire un « féminisme avec l'Islam » en compagnie des réseaux islamistes ramadiens d'Une Ecole pour Tous - y participera, avant de diriger personnellement un autre débat sur « le féminisme et les discriminations racistes ». De leur côté, Agir contre la guerre et le Collectif des musulmans de France une association regroupant plusieurs sbires de Tariq Ramadan, animeront une réunion autour des « Conséquences de la guerre sans limite : politiques sécuritaires, islamophobie... »

Ce n'est pas tout. Deux tables-rondes - l'une intitulée « L'interdiction du voile : une attaque contre la femme musulmane » et l'autre « Montée de l'islamophobie en europe » - seront animées par Massoud Shajerey, alias Massoud Shaterjee. En août 2001, cet ardent militant s'était beaucoup dépensé pour transformer la conférence de Durban en foire antisémite. A titre anecdotique, il avait amené dans ses bagages trois rabbins des Netourei Qarta, un groupe d'intégristes juifs souhaitant la victoire des intégristes musulmans sur ces mécréants que sont à leurs yeux les Israéliens laïques, pour poser ensemble devant la presse. Toujours en 2001, une équipe de la télévision anglaise avait filmé Shaterjee en train d'accueillir Omar Bakri à l'entrée d'un congrès islamiste. Pour mémoire, Bakri est l'un des prédicateurs londoniens les plus ouvertement pro-Ben Laden - il a même récolté des fonds pour ce pauvre milliardaire. Ainsi, pour commémorer le 11 septembre, ce djihadiste radical a organisé cette année un colloque sobrement intitulé « Le choix t'appartient : ou tu soutiens les musulmans ou tu appuies les impies ! ». Au programme, des vidéos-inédites et une interview de Zarqaoui, le lieutenant d'Al-Qaïda chargé de coordonner les décapitations en Irak...

Mais Massoud Shaterjee ne se contente pas seulement d'entretenir d'excellentes fréquentations. Il dirige également la Islamic Human right commission, une sorte de faux Amnesty International version islamiste, dont le but est de recenser tous les faits et gestes « islamophobes ». Sur son site internet, cette organisation donnait en 2001 deux exemples de martyrs de l'« islamophobie » : les Talibans et les islamistes palestiniens - pas les militants palestiniens en général, seulement les militants palestiniens islamistes...

La question n'est donc plus de savoir si, oui ou non, Youssef al-Qaradhawi se rendra bien au FSE, mais plutôt à quelle table-ronde il participera... A l'automne dernier, à Saint-Denis, beaucoup nous avaient doctement expliqué qu'il fallait accepter de marginaliser les démocrates algériens et iraniens - dégoûtés de voir des fondamentalistes monopoliser les débats - parce que les islamistes, eux, remplissaient les salles. Bref, ils ramenaient des clients, susceptibles de se convertir par la suite à la lutte contre la mondialisation. Mais le client est roi et c'est l'inverse qui s'est produit.

Au milieu de cette avalanche de débats organisés en partenariat avec des islamistes au FSE de Londres s'est glissé un colloque intitulé : « Le mouvement islamique : partenaire ou ennemi ? ». Au train où vont les choses, on imagine déjà l'interrogation au coeur du prochain FSE : « Le mouvement laïque : ennemi ou ennemi ? »

par Fiammetta Venner

(Article paru dans Charlie Hebdo du 29 septembre 2004.)