La Sûreté générale libanaise a interdit la vente du best-seller Da Vinci code à la suite d'une plainte des autorités chrétiennes en raison de la référence de l'ouvrage à la vie privée de Jésus, a-t-on appris mardi de sources concordantes.

«La Sûreté générale a demandé notre opinion il y a une dizaine de jours et interdit l'ouvrage après notre réponse», a déclaré à l'AFP le père Abdo Abou Kasm, président du Centre d'information catholique.

«Nous avons jugé que le livre porte atteinte aux croyances chrétiennes. Il affirme que le Christ s'est marié avec Marie-Madeleine et a eu d'elle une progéniture», a-t-il expliqué.

«Nous dénonçons ces tentatives de porter atteinte aux croyances chrétiennes et à toute autre religion sous couvert de la culture. Le livre pourrait être autorisé ailleurs mais, au Liban, la loi interdit de porter atteinte aux croyances religieuses», a-t-il souligné.

Le roman de l'Américain Dan Brown a été vendu à des millions d'exemplaires en différentes langues, y compris dans sa version arabe publiée à Beyrouth.

Roger Haddad, directeur adjoint d'une grande librairie à Beyrouth, a indiqué à l'AFP «avoir reçu vendredi un appel téléphonique de la Sûreté générale» lui demandant de «retirer le livre de la vente».

«Nous l'avons fait aussi bien pour la version arabe, mise en vente il y a près d'un mois, que pour ses versions en français et en anglais, en vitrine chez nous depuis plusieurs mois», a-t-il ajouté.

Le responsable commercial d'une autre librairie importante, Emile Tyan, a affirmé avoir reçu les mêmes instructions de la Sûreté générale.

Le président du syndicat des propriétaires des maisons d'édition, Ahmad Fadlallah Assi, a dénoncé mardi dans une «lettre ouverte» au président Emile Lahoud cette «répression des libertés».

«Nous avons désormais un ministère de la Culture et ce sont toujours les services de sécurité qui se mêlent de la culture. Nous entendons protéger la production et la création littéraire contre les abus», a-t-il écrit.

«Si la liberté de Beyrouth était subtilisée (...) le Liban aura perdu sa raison d'être», a-t-il ajouté, insistant sur «la nécessité de garder à Beyrouth son rôle de fenêtre ouverte aux autres cultures pour les pays de la région».