J'ai assisté, mercredi soir 31 mars, à l'Institut du monde arabe (IMA), à une véritable séance de « lapidation ». Caroline Fourest et Fiammetta Venner avaient été invitées au « café littéraire » de cet institut pour présenter leur livre, Tirs croisés, la laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman (Calmann-Lévy). La haine, la violence et l'obscurantisme de leur « comité d'accueil » n'avaient rien à envier aux pierres que l'on jette sur ceux ou celles qui ont « péché ». Le « modérateur » de cette soirée a attaqué, bille en tête : selon lui, le livre « est ouvertement pro-israélien », et met en cause, « de façon scandaleuse », des groupes islamistes comme les Frères musulmans. Puis, jouant sur l'idée « littéraire » qu'un livre, une fois publié, n'appartient plus à ses auteurs mais à son public, il livra en pâture les deux jeunes auteurs, donnant, lui-même, le signal d'une agression soigneusement préparée : chacun ou chacune avait son papier et faisait état de citations tronquées, le plus souvent sans référence de page, délestant l'ouvrage de sa portée universelle, à savoir le totalitarisme que charrie l'intégrisme quelle que soit la religion considérée. De la « fille à foulard islamique » au « baathiste progressiste », de l'« immigré victime de l'islamophobie » à l'« islamo-nationaliste », sans oublier le « démocrate altermondialiste » et le « gauchiste laïque » : toutes les composantes de la « sainte alliance », ardemment souhaitée par Tariq Ramadan, étaient convoquées. Les auteurs n'avaient pas droit à la parole, et se voyaient accusées de tous les maux, en particulier celui d'« islamophobie » - le maître mot de cette soirée.

par Tewfik Allal