''PARIS - DIEUDONNE, INTERDIT D'OLYMPIA, SE PRODUIT SUR LE TROTTOIR D'EN FACE Entouré de 1000 personnes qui hurlaient « Dieudonné président ! », ce chantre de la haine vient de remporter un vif succès auprès de ses admirateurs qui se sont promis de le venger rapidement''

« Je parlerai jusqu'à mon dernier souffle ! », martèle Dieudonné devant une foule de près de 1000 personnes acquises à sa cause, qui reprennent à tue-tête « Dieudonné président ! » ou encore « Nous sommes tous des Dieudonné ! »... Sur le trottoir d'en face, la salle de l'Olympia, portes closes, qui avait décidé d'annuler sa représentation du « Divorce de Patrick », prévue ce vendredi soir. Une annulation que le juge des référés avait confirmée pour des raisons de sécurité. Apparu vers 19 heures, Dieudonné monte sur une estrade, entouré par un service d'ordre très rapproché. Il peine à parvenir au terme d'un sketch sur les préparatifs des attentats du 11 septembre, et s'en tire par un autre sketch sur les colons israéliens, très applaudi cette fois. Dieudonné conclut : « j'ai critiqué la politique d'Israël et j'ai le droit ! ». Il soulève de nouveaux vivats.

À l'origine de ce rassemblement à l'angle du boulevard de la Madeleine et de la rue Cambon, le « comité de soutien à Dieudonné » n'avait pas mâché ses phrases dans son appel à manifester. On pouvait y lire que l'humoriste a été la victime d'une « machination orchestrée par des organisations juives d'extrême droite ». Les auteurs dénonçaient « l'exorbitant pouvoir d'un groupe religieux », s'interrogeaient : « Qui donc est derrière ce groupe ? (...) Quel est ce lobby qui bafoue nos lois ? », et apportaient leur réponse : « Nous avons déjà déjoué ce stratagème à la Conférence mondiale contre le Racisme de Durban en 2001, malgré la collusion de certains pays occidentaux dont la France et le même axe USA/Israël... »

Le ton, on s'en rend compte, avait été donné, et les orateurs qui allaient se succéder au micro vendredi soir pour apporter leur soutien à l'humoriste ne pouvaient pas faire moins : « Il y a un lobby extrêment puissant...Non à la dictature exercée par une petite minorité ! Une minorité qui ne représente pas la communauté juive de France, mais une minorité dangereuse, qui menace le consensus national », affirment certains au nombre desquels le judoka Jamel Bourras ou l'écrivain camerounais Calyxte Beyala. « À chaque fois qu'il y a des religions, ça fout le bordel », lance un certain Assani Fassassi, porte-parole de la « Fédération française des associations Islamiques d'Afrique, des Comores et des Antilles ». Ce dernier, habitué des colloques et des maisons d'éditions où fourmillent les islamistes de tous poils, s'évertue à glorifier le « peuple noir » et à expliquer qu' « il n'y a pas de hiérarchie dans la souffrance. Le peuple juif a été victime pendant la Seconde guerre mondiale, de la Shoah comme on dit. Mais, avant le peuple juif, les noirs ont été victimes de la traite négrière. Et cette traite négrière transatlantique a été l'oeuvre de tous les blancs, y compris des juifs ! »

Le saxophoniste Manu Di Bango, les rappeurs de Saïan Supa Crew ou Joey Starr, les activistes anti-sionistes de l'AGEN de l'Université de Nanterre, la militante vert-brun Ginette Skandrani, le président de l' « Association franco-palestinienne d'échanges culturels », des membres de « Socialisme par en bas » constitué en courant dans la LCR, tous ont bravé le froid pour Dieudonné. Un seul homme semble déçu : Mouloud Aounit, Secrétaire général du MRAP, par ailleurs tête de liste PCF pour les élections régionales en Seine Saint-Denis, a dû négocier cinq bonnes minutes pour être autorisé à monter sur l'estrade... sans prononcer de discours. Les deux responsables de l'association CAPJPO (Coordination des Appels Pour une Paix Juste au Proche-Orient) sont parvenus, quant à eux, à colorer la manifestation selon leurs mots d'ordre, à force de stickers, d'un slogan martelé « Halte au chantage à l'antisémitisme ! », et d'une promesse, faite au micro, d'empêcher la tenue prochaine, au Palais des Congrès, d'un spectacle de bienfaisance en faveur de l'armée israélienne.

Reste que la manifestation, encadrée par un dispositif policier serré, s'est déroulée sans incidents. Si les organisateurs du rassemblement ont affirmé que des éléments perturbateurs étaient disséminés parmi la foule - « ils ne sont pas nombreux, mais on les a repérés, faites attention » -, les responsables du service d'ordre se faisaient plus explicites, évoquant des « militants sionistes » dans les rues voisines, prêts à tomber sur les manifestants. Les supporters de Dieudonné, eux, sont rentrés chez eux avec une consigne : « sanctionner les politiques qui ont censuré Dieudonné aux élections régionales ». Les organisateurs ont promis de fournir une liste de ces hommes politiques, d'ici la semaine prochaine.

Johan Weisz, Proche-Orient.info