Têtu (janvier 04) Trois questions à Caroline Fourest par Baptiste Liger

1/ Comment expliquez-vous que les trois doctrines religieuses que vous évoquez dans votre livre se rejoignent-elles dans l'homophobie ?

Les trois religions se succèdent et se citent les unes les autres. La première d'entre elle, le judaïsme, est basée sur l'idée qu'un peuple élu pour "croître et se multiplier" (selon les termes de l'Alliance passée entre Dieu et Abraham). Le fait que les Hébreux soient nombreux - et donc se reproduisent - doit faire leur force pour pouvoir prendre possession de la Terre promise. La sexualité à vocation reproductive était déjà encouragée par la plupart des sociétés primaires, basée sur l'agriculture ou sur des travaux manuels (où l'on avait donc besoin de bras), mais le monothéisme l'a consacré pour des siècles et des siècles. En faisant de cet état de fait un principe et en menaçant ceux qui s'écartent de cette voie grâce à l'épisode de Sodome et Gomorrhe (repris par les trois religions du Livre), le monothéisme a promu l'hétérosexualité au rang de norme sacrée, y compris à une époque où nos sociétés souffrent plutôt de la surpopulation que du contraire.

2/ L'homosexualité féminine est-elle mieux tolérée par celles-ci ? Pourquoi ?

L'homosexualité féminine n'est pas mieux tolérée, elle est tout simplement ignorée. Les textes auxquels se réfèrent les religieux ont été écrits à des époques patriarcales, où l'on ne considérait la sexualité que du point de vue de l'homme. Aujourd'hui encore, ces a priori subsistent et les homophobes ont tendance à se montrer plus effrayés par l'homosexualité masculine (qui leur rappelle Sodome et Gomorrhe) que par le lesbianisme. Mais plus les mentalités évoluent, plus l'homosexualité féminine devient visible, plus elle est aussi honnie par lex extremistes religieux. Les lesbiennes commettent un double péché en refusant d'être "un ventre au service de la domination masculine". C'est ainsi que les intégristes voient les choses. C'est ce qui doit toujours nous rappeler qu'en plus d'être agréable, c'est une sexualité doublement révolutionnaire...

3/ Vous écrivez, à la page 125 du livre : "la haine des intégristes chrétiens américains n'est pas différente de celle exprimée par les islamistes prônant la peine de mort pour les homosexuels". Une provocation ?

J'aime beaucoup la provocation mais ce n'en est pas une. Nous avons beaucoup travaillé avec Fiammetta Venner pour que ce livre sorte des sentiers battus, apporte de nouvelles réponses aux questions que l'on se pose sur ce que l'on croit être un "choc des religions", sans tomber dans la caricature d'une religion au profit des autres. Notre conclusion est que, du point de vue des intentions, les intégristes juifs, chrétiens et musulmans se ressemblent. Ils rêvent du même monde, où les croyants domineraient sur les non croyants, les hommes sur les femmes et les hétérosexuels sur les homosexuels... Du point de vue de l'impact, en revanche, l'islamisme est beaucoup plus dangereux. Essentiellement parce qu'il évolue dans des pays le plus souvent non démocratiques, où il existe donc moins de contre-pouvoirs que dans des pays comme l'Europe ou les États-Unis. Aux États-Unis, il existe des groupes d'intégristes chrétiens pour réclamer la peine de mort pour les homosexuels et pour encourager des individus à passer à l'acte. Mais il existe aussi un mouvement gay et lesbien pour y résister et même une Cour suprême pour se protéger. En Arabie Saoudite, c'est l'état lui même qui décapite des homosexuels. Et il n'existe aucun recours.

Tetu