Dans sa chronique paru dans l'Express du 04/12/2003, sous prétexte de protester contre la stratégie des anti-choix français cherchant à faire de l'embryon un individu par le biais de l'amendement Garaud, Jacques Attali à renvoyé dos à dos les intégristes anti-avortement et les "intégristes inverses" que seraient les partisans de l'IMG (l'Interruption médicale de grossesse).

EXTRAIT : "Les intégristes inverses profitent de cette occasion de crier au scandale pour soutenir que la femme enceinte a droit de vie et de mort sur son enfant jusqu'au jour de sa naissance, tentant ainsi, au passage, d'enlever aux médecins des centres de diagnostic prénatal tout rôle dans l'IVG, ainsi que le contrôle, que leur donne aujourd'hui la loi, de l'interruption médicale de grossesse (IMG), limitée, selon le texte, aux foetus atteints d' «une affection d'une particulière gravité, reconnue comme incurable au moment du diagnostic» (ce qui est, en fait, une assez jolie définition de la vie...). Dangereuse dérive: la France est déjà le seul pays au monde où l'on peut pratiquer une IMG jusqu'au terme d'une grossesse, alors que les embryons sont aujourd'hui viables à 24 semaines, date à laquelle l'IVG et l'IMG sont illégales aux Etats-Unis, en Espagne, aux Pays-Bas et en Grande-Bretagne. La France est aussi le pays où l'on pratique le plus d'IMG: 7 000 par an, surtout entre le sixième et le septième mois. Et certains centres la pratiquent même pour des risques esthétiques, ouvrant la voie à l'eugénisme. Face à ces deux intégrismes opposés, le gouvernement n'arbitre pas, ne tranche pas et n'impose pas le respect de la loi".

Cette chronique révèle une méconnaissance réelle du dossier (la France n'est pas le seul pays qui pratique des IMG tardive). Elle s'inscrit surtout dans le cadre d'une dérive sémantique inquiétante consistant à utiliser les mêmes mots - intégristes ou ayatollahs - pour désigner tantôt de véritables intégristes religieux, tantôt les partisans d'une société du libre-choix et de la rationalité dans l'intérêt de tous. Comme si la liberté était un fléau. Comme si le fanatisme n'était qu'un excès.