Tariq Ramadan n'est pas dangereux parce qu'il est le petit fils d'Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans à l'origine d'un islam politique qui a fait des ravages aux quatre coins du monde, mais parce qu'il n'a jamais pris ses distances avec l'héritage idéologique de cet homme. Il continue de le présenter comme le «plus influent des réformistes musulmans de ce siècle » , alors que ce réformisme consiste à vouloir revenir aux fondements de la charia.

Tariq Ramadan n'est pas inquiétant parce qu'il est le frère d'Hani Ramadan, théoricien islamiste qui approuve la lapidation pour adultère et considère le Sida comme un châtiment divin, mais parce qu'il juge lui même qu'on ne peut être musulman et homosexuel, même s'il ne recommande pas de punir les homosexuels par des châtiments physiques. "Dieu a voulu un ordre. Et cet ordre, c'est l''homme pour la femme' et la 'femme pour l'homme'" explique-t-il lors de ses conférences devant des jeunes musulmans . En reprenant le Coran de façon littéraliste, il approuve la doctrine de l'ordre naturel et divin que nous n'accepterions pas de la part d'un intégriste chrétien.

Incité à se distinguer de son frère, Tariq Ramadan ne le fait qu'avec de lourdes ambiguïtés. Au lieu de condamner les châtiments corporels et d'exiger leur abolition, il se contente de proposer un "moratoire total et absolu, pour nous donner le temps de revenir à nos textes fondamentaux (...) et de déterminer strictement les conditions requises". Il ne remet pas non plus en cause le droit d'un homme à user de la violence conjugale, même s'il souligne que le Coran l'envisage en "dernier recours" .

Tariq Ramadan reconnaît bien l'égalité des hommes et des femmes devant Dieu mais croit en une complémentarité - et donc en une différence - des sexes sur le plan social et familial : « L'islam offre un cadre de référence dans lequel se dessine une conception globale de l'être humain, de l'homme, de la femme, et de la famille. Deux principes sont essentiels : le premier fonde l'idée d'une égalité entre l'homme et la femme devant Dieu, le second celui de leur complémentarité sur le plan social. Selon cette conception, c'est l'homme qui est responsable de la gestion de l'espace familial mais le rôle de la mère y est central . »

Tariq Ramadan est un leader fondamentaliste, qui souhaite revenir aux fondements du Coran. Ses prises de position sont certes préférables aux recommandations clairement fanatiques de certains islamistes. Mais il se situe cependant dans une perspective en soi réactionnaire, incompatible avec une altermondialisation progressiste, car il s'agit de vouloir faire vivre les hommes et les femmes en fonction d'un livre sacralisé et jugé intemporel alors qu'il a été écrit il y a plus de 14 siècles. Il existe des courants musulmans laïques et progressistes, alors pourquoi offrir à Tariq Ramadan un statut de représentant de l'islam et des musulmans européens ?

Tariq Ramadan se dit laïque, mais il définit la laïcité comme un espace neutre, devant accueillir toutes les confessions et tous les cultes. C'est aussi la définition de Christine Boutin. Mais ce ne peut-être celle de militant/es luttant pour un monde émancipé du fanatisme et donc pour une laïcité assumée en tant que valeur positive.

Tariq Ramadan ne cache pas son dégoût pour le rationalisme et la modernité, même s'il prend soin de le déguiser en discours anticapitaliste : « À force de privilégier la rationalité, l'efficacité et le rendement pour plus de progrès, nos sociétés sont au bord du gouffre » explique-t-il dans son livre sur Le Face-à-face des civilisations : quel projet pour quelle modernité ? Il faut bien comprendre que sa hantise de la modernité ne concerne pas seulement la marchandisation mais aussi l'évolution des mentalités sur la famille, à propos de laquelle il explique : « Si la modernité est à ce prix, on comprendra que tant le Coran que la Sunna affichent une fin de non recevoir à l'actualisation de cette modernisation. »

Tariq Ramadan n'est pas antisémite mais il donne des listes d'intellectuels juifs (ou supposés tels) qu'il accuse d'être fanatiquement pro-Israël en raison de leur identité juive... Que penserait-on de quelqu'un qui souhaiterait disqualifier les défenseurs des Palestiniens au motif qu'ils sont "arabes" ou "musulmans" ?

Nous luttons contre le racisme et nous refusons le terme d'« islamophobie » introduit en France par Tariq Ramadan. Il s'agit d'un concept inventé par les islamistes pour disqualifier les féministes, les musulmans libéraux et tous ceux qui tentent de laïciser l'Islam en les faisant passer pour des racistes alors qu'ils sont simplement laïques et/ou critiques vis-à-vis des dogmes religieux. Nous revendiquons le droit d'être antiracistes et critiques vis-à-vis des religions. Les religions sont des idéologies humaines. La plupart du temps, elles ont servi à légitimer l'inégalité sociale et à opprimer les humains, tout particulièrement les femmes. Pour toutes ces raisons, nous refusons de considérer Tariq Ramadan comme un allié et nous continuerons à défendre une altermondialisation égalitaire, féministe, rationnelle, moderne et laïque.

Collectif féministe pour une altermondialisation laïque Contact : altermondialisationlaique@yahoo.fr

À lire :

Caroline Fourest, Fiammetta Venner, Tirs croisés. La laïcité à l'épreuve des intégrismes juif, chrétien et musulman, Paris, Calmann-Lévy, 2003 Leila Babès, «L'identité islamique européenne d'après Tariq Ramadan», Islam de France, n°8.