Le réseau ProChoix, association de lutte contre l'extrême droite, tenait à rendre hommage à l'un de ses mécènes, Lionel Poilâne, décédé il y a peu, et dont le FN tente lamentablement de salir la mémoire. Quelques jours à peine après le décès du célèbre boulanger, l'extrême droite (toujours en quête de respectabilité) a réussi à se faire un joli coup de publicité en affirmant, dans les colonnes de National Hebdo, que Lionel Poilâne était l'un des leurs.

Aucune preuve à l'appui si ce n'est quelques vagues souvenirs, comme le fait que Lionel Poilâne aurait (il y a plus de vingt ans) apporté des chaussons aux pommes à Yves Daoudal à la rédaction de Présent ou encore que l'entreprise Poilâne aurait donné des petits pains pour l'arbre de Noël d'une association d'enfants proche du FN. Deux anecdotes aujourd'hui amplifiées par une rumeur véhiculée par Max Poilâne, le frère ennemi de Lionel Poilâne, et qui ont été reprises (sans contre-investigation) dans un article de Libération en date du 21 novembre. Ce qui accrédite une fois de plus la thèse que Poilâne aurait été l'un des financiers du FN. Militantes antifascistes et journalistes d'investigation, Caroline Fourest et Fiammetta Venner (rédactrice en chef et présidente de ProChoix) ont déjà eu l'occasion de démentir cette rumeur.

Après avoir passé au peigne fin plus de 8000 entreprises soupçonnées de collusion avec le FN pour leur livre sur Les Sponsors du FN (Éd. Castells, 1998), elles ont prolongé l'enquête dans les comptes de la société Poilâne à la demande de l'Événement du Jeudi, en 1999. Tout en notant que Lionel Poilâne avait eu le tort d'accepter le Prix de l'économie décerné par le Cercle Renaissance (un cercle dont il a démissionné dès qu'il a eu connaissance de ses accointances avec le FN), les deux journalistes ont pu mesurer combien Lionel Poilâne était loin des valeurs défendues par le parti de Jean-Marie Le Pen. Si l'on en est à compter les petits déjeuners offerts par la société Poilâne, nous avons le regret d'informer Présent que les réunions de l'association ProChoix - qu'il exècre - ont aussi bénéficié, gratuitement, des viennoiseries de Lionel Poilâne. À titre personnel, Lionel se sentait proche de la défense des libertés individuelles, à tel point qu'il nous avait proposé de financer l'encart annonçant dans Libération le lancement de l'Observatoire du PaCS (30 000 F). Il a aussi participé financièrement aux campagnes de Prochoix.

Profondément affecté par les rumeurs faisant de lui un financier du FN, il tenait à ce que ce soutien, maintes fois renouvelé, à la défense des libertés individuelles reste discret. Pourtant, devant la tentative de récupération dont sa dépouille fait l'objet, nous ne pouvions décemment pas oublier de le remercier pour son soutien. De même que nous ne pouvons laisser le Front national profiter de sa mort pour récupérer une fois de plus l'image de la société Poilâne, comme si ce parti voulait nous faire croire que "Le FN, c'est bon comme du bon pain". Les consommateurs n'ont rien à gagner dans ce traquenard. Le boycott citoyen est une arme que nous défendons et même que nous revendiquons contre toute entreprise susceptible de détourner l'argent du consommateur au profit d'une cause sinistre ou d'une politique salariale indigne. Ce n'est pas le cas de Poilâne. Cette rumeur ne fait que servir les intérêts du FN. En tant que réseau d'information citoyenne et antifasciste, nous refusons de laisser passer cette intox qui décrédibilise le boycott citoyen et renforce le prestige d'un parti indigeste.

Pour suivre la contre-investigation menée sur l'affaire Poilâne http://www.stoplarumeur.itgo.com

Contact Presse : ProChoix (01 43 73 35 25)