Nous vous avons beaucoup malmené ces derniers jours. Nous avons même fait semblant d'ignorer les raisons qui vous avaient poussé à bouder l'isoloir par un abstentionnisme militant. Et vous nous l'avez reproché. Par mail, par téléphone... Ce qui m'amène d'ailleurs à préciser que les messages envoyés sur cette liste de diffusion sont des communiqués de ProChoix-Paris, qu'ils n'engagent qu'eux et que d'autres voix au sein de ProChoix s'exprimeront dans notre espace de débat commun qu'est la revue (le prochain numéro, à paraître fin mai, sera consacré à une réflexion plus profonde sur les raisons de l'abstention). D'ailleurs, pour être plus claire, je vais dire "je"...

Je m'adresse aux abstentionnistes que je connais, que j'estime mais qui me font monter les larmes aux yeux de rage en voyant que rien ne peut les décider à retourner aux urnes ce 5 mai, non pas pour voter blanc ou nul mais bien pour voter "CHIRAC". Ne croyez pas que nous sommes tous devenus fous au point d'oublier les causes profondes qui vous ont amené à considérer l'isoloir comme "un piège à cons". Mais veuillez considérer que nous vivons un moment particulier, où les règles du jeu politique démocratique ne sont plus les mêmes. Celles qui voulaient, hier, que l'abstention soit un mode de protestation légitime signifie aujourd'hui tout le contraire...

S'abstenir pour montrer son mépris envers les partis politiques traditionnels est une chose. Ne pas voter lorsqu'on sait que son abstention fera mathématiquement augmenter le score d'un Jean-Marie Le Pen en lice au second tour en est une autre. Et je n'ai pas de mots pour qualifier ce que je pense de ceux qui s'imaginent pouvoir jouer un tel jeu... Je n'ai plus la force de comprendre dans ces cas-là. Je suis folle de rage. Je suis même prête à vous supplier. S'il existe encore une seule personne sur cette liste qui n'est pas convaincue de la nécessité de voter CHIRAC le 5, je la supplie de le faire. Parce que mon sort, celui d'un pays où j'aime vivre, est entre ses mains. Je sais bien ce que tu te dis : que j'exagère, que je dramatise, quel cinéma !

Peut-être. Mais même si Le Pen n'avait aucune chance de devenir ton, mon, notre président, une chose est sûre... il compte sur ton abstention pour s'envoler au-dessus des 30 %. Ce n'est plus du cinéma, ce sont des mathématiques. Et s'il s'envole au-dessus des 30 %, ce 5 mai sera à marquer d'une pierre drôlement noire, car elle ne sera pas la dernière. Les pourcentages, même artifiellement gonflés, encouragent, donnent de l'énergie. Si tu t'abstiens et si LE PEN fait plus que 30 % dimanche, tu lui aura fait le plus beau cadeau de sa vie. Alors s'il te plaît, fais ça pour nous, le 5 mai, vote CHIRAC.