Depuis l'affaire du sang contaminé, l'EFS (Établissement Français du Sang) a mis en place une note d'information qui exclue du don du sang celles et ceux qui auraient potentiellement été en contact avec un virus du type VHC et /ou VIH. Jusqu'ici tout va bien. Mais la question devient plus problématique quand on se rend compte que l'EFS utilise comme élément d'éviction des donneurs de sang «potentiellement non-sains» la notion de population à risque. Cela permet à l'EFS de considérer que certaines catégories de personnes de par leur profession, leur origine géographique, leur orientation sexuelle, etc., seraient plus en contact avec le VIH que les autres, et doivent donc être exclues de manière définitive du don du sang, quelle que soit la prise réelle de risque de l'individu concerné. Et cela ne peut être que plus clair à la lecture de cette note d'information qui stipule : «Vous ne devez jamais donner votre sang dans l'une des circonstances suivantes : si vous êtes homosexuel».

ProChoix Toulouse et Act Up-Toulouse (complicité autrement connue localement sous le nom du Groupe Paillettes Sauvageonnes) ont interpellé à maintes reprises les responsables de l'EFS Midi-Pyrénées, afin de rappeler que seules les pratiques sexuelles non-protégées pouvaient êtres prises en compte comme élément d'appréciation des potentiels donneurs. Plusieurs courriers ont été envoyés en novembre 2000, une occupation des locaux a eu lieu le 1er décembre dernier et nous avons joué les invité-es surprise lors de la grande fête exceptionnelle baptisée «mon sang pour les autres» (3 jours de collecte, Place du Capitole) organisée par l'EFS en partenariat avec le Rotary club. Mais c'était sans compter sur la ténacité réactionnaire des dirigeants de l'EFS, soit-disant experts en matière de santé publique, qui maintiennent un discours homophobe du type «PD = SIDA». Oh bien sûr, on nous affirme qu' «aucun jugement moral n'est porté sur nos habitudes et comportements» mais ni le chargé de la communication, ni le directeur en personne n'hésiteront à brandir l'argument du relapse ou du multipartenariat supposé des homosexuels !!

ProChoix Toulouse et Act Up Toulouse ne cesseront de se battre contre l'utilisation criminelle et discriminatoire de la notion de population à risque qui a pour effet de limiter le sida à des sous-catégories (gays, prostituées, toxicos...) et qui nie la réalité des sexualités. A-t-on besoin de rappeler que, certes, la sodomie est une pratique plus contaminante que la fellation, mais qu'elle sera aussi contaminante que l'on soit hétérosexuel ou homosexuel ?

Aujourd'hui, les nouvelles contaminations touchent essentiellement les hommes hétéros de 30 à 40 ans qui ne se considèrent pas concernés par le sida, et les femmes, qui sont absentes des discours de prévention. Il est donc urgent que le discours des pouvoirs publics sur le VHC et le VIH soit modifié à la base et rejette de manière radicale des argumentations fallacieuses qui entretiennent l'homophobie, le racisme et le rejet des toxicomanes et des prostituées, tout en favorisant la propagation du sida.

Une première journée nationale d'occupation des locaux de l'EFS a eu lieu partout en France le 20 février dernier, mais le bilan n'en demeure pas moins un réel dialogue de sourds. Dans l'attente d'un très prochain rendez-vous avec un «médecin-philosophe» (sic) de l'EFS (qui vient nous voir expressément à Toulouse),nos exigences restent inchangées: - suppression immédiate des critères arbitraires basés sur la notion de population à risque - mise en place de sélections efficaces autour de la notion de pratiques sexuelles à risques.